Text Me, Baby

Je reviens d’entre les morts pour vous parler du syndrome du SMS. Les morts, c’est une image, on ne panique pas.

Tu as beau froncer les sourcils et te pincer les lèvres, je sais que tu sais que je sais que nous savons toutes les deux de quoi je parle ici même.
Parce que tu le connais bien, ce syndrome qui te donne envie d’envoyer un SMS dès que tu as ingurgité plus de quatre verres de vin, que tu te sens bien, détendue, relax à la cool, que tu es entourée d’amis bienveillants et que soudain tu ne mesures absolument pas les conséquences de ce que tu vas écrire et que comme la vie est trop courte tu ne veux pas te poser la moindre question sur ce qui pourrait éventuellement arriver si tu décidais d’envoyer des textos ivre morte. Ben voyons.

 

Tant va la cruche à l’eau…

Sache donc, chère amie,  que si la vie est courte, elle peut devenir très longue lorsque tu t’épanches au mauvais moment auprès de la mauvaise personne. C’est ce qui s’appelle une combinaison perdante, un plantage en bonne et due forme, un mauvais choix, un fail donc, un énorme F.A.I.L. Je te fais le pitch. Petite soirée tranquille, apéro crackers Belin, trois-quatre amis de longue date, on refait le monde, la vie, le boulot, Calvi on the Rocks, Cannes, pour ou contre le retour du une pièce pour cet été, dois-je vraiment acheter un vrai journal intelligent ou bien continuer à lire ELLE en douce, tout ça, tout ça, et puis la voilà, la bouteille de trop.
L-A-B-O-U-T-E-I-L-L-E-D-E-T-R-O-P.
Toi-même tu sais.
Mais forte de ton expérience et fière comme un paon, tu braves le danger et tu débouches cette bouteille et CE, malgré la petite voix qui te dit qu’il serait peut-être maintenant plus judicieux d’aller te coucher, que tu fais une grave erreur, que ce geste apparemment anodin changera irrémédiablement le cours des choses et que ta vie ne sera plus jamais la même, ou tout du moins que demain ne sera plus celui qu’il aurait dû être si tu avais eu suffisamment de lucidité et d’amour-propre (j’y reviendrai) pour arrêter de picoler. Tu me suis baby?

Tu te lèves pour trinquer à l’amitié, et c’est alors que le double-living de ce 45m2 que tu paies 1450€ hors charges à Belleville t’apparaît sous un nouveau jour ou un jour nouveau tu ne sais plus trop dans quel sens cette phrase fait le plus sens. Bref: dans un élan d’amour inouï tu sens poindre une envie folle de vivre en collectivité à Katmandou ou à Bagnolet,  tu attrapes ton téléphone, et tu décides d’envoyer des SMS à des gens qui te sont chers.

Sachant qu’à ce degré d’alcoolisation, un ami cher peut tout aussi bien prendre la forme de ton patron comme de la jeune femme croisée une seule et unique fois à la machine à café du 3e, je te laisse imaginer l’ampleur du désastre que tu t’apprêtes à déclencher par le seul fait d’appuyer sur quelques touches de ton smartphone avec ton index poisseux de chips et de cacahuètes achetées au Franprix du coin.

 

Peu importe le flacon pourvu qu’on ait les SMS

Mais tu es grisée, la vie est belle, on a quand même des vies faciles, des enfants meurent de faim dans des pays loin là-bas et pendant ce temps-là tu bois un petit vin de derrière les fagots qui est décidément pas mal du tout le caviste avait raison finalement – alors oui tu fais ce que tu veux et tu envoies des textos à quatre heures du matin (QUATRE HEURES DU MATIN, on en parle ou pas?) alors que tu as visiblement et sans aucune équivoque possible largement dépassé le seuil légal de taux d’alcool dans le sang.

Tu écris le message, et tu l’envoies d’un geste extrêmement assuré ponctué d’un « Et voilàààà!!!! » tonitruant à ton patron, à ta mère, au type que tu as rencontré la veille en soirée, à ta meilleure amie, à ton ex, à ton mec, à ton gynéco. WHATEVER.

Sauf que non, fallait pas.

Car ça ne veut-rien-dire.  (Non, ça ne veut rien dire, cherche pas tu as juste la honte après et puis c’est tout.)

Les 7 SMS qu’il ne fallait pas envoyer à 4 heures du matin:

  1. « Vous savez, patron,  j’ai jamais autant aimé travaillé pour quelqu’un, vous êtes mon modèle. Vous êtes un peu comme ce père que je n’ai jamais eu. »
  2. « Tu sais, je n’ai jamais retrouvé ce truc que j’ai eu avec toi. Tu es l’amour de ma vie et je regretterai toujours de t’avoir quitté sur un coup de tête. Je t’aime encore, je crois. »
  3. « Même si tu ne réponds jamais à mes messages, sache que mes sentiments sont sincères, réponds-moi tu me manques notre rencontre ne peut pas être un hasard. SMILEY SMILEY SMILEY. »
  4. « Franchement meuf t’assures t’es la meilleure amie que je cherchais depuis toujours, franchement t’es top change rien je te kiffe c’est un truc de dingue. On devrait partir en vacances ensemble cet été, t’en penses quoi ce serait géniaaaaaal j’adore l’idée j’adore j’adore j’adore!!! »
  5. « Maman, malgré nos divergences sache que je serai toujours là pour toi ta fille qui t’aime FORT FORT FORT FORRRRRRT. »
  6. « Je t’ai traité d’abruti tout à l’heure mais je t’aime, tu le sais, hein, que je t’aime, faisons un enfant, marions-nous, je t’aime you’re my love forever. ❤ ❤ ❤ »
  7. « Docteur vous savez j’ai oublié de vous dire mais l’épilation intégrale, c’est à cause des morpions que j’ai attrapé et du coup c’était plus rapide à traiter. Voilà. Bonne soirée docteur. »

 

Même joueur joue encore

À ce stade-là vous avez déjà refait trois fois le monde et décidé que la vie à Paris c’était vraiment trop naze et puis aujourd’hui franchement faut partir à l’étranger c’est quand même beaucoup mieux, l’étranger. New York, tu vois, c’est là qu’il faut partir mon chou, d’ailleurs je sais pas ce qui me retient de tout planter là maintenant tout de suite NOW. Ou L.A, je me tâte. L’avantage là-bas c’est qu’il fait beau toute l’année. Et ça c’est quand même hyper important dans une carrière.

Mais rebutée par les procédures administratives et les délais d’obtention d’un visa ou les délais pour trouver un mec qui acceptera de faire un mariage blanc, vous avez ensuite décidé de partir soigner des bébés éléphants trop mignons d’amour dans une réserve en Thaïlande (j’y reviendrai aussi) et de vous inscrire au yoga dès demain. La nature, il n’y a que ça de vrai, vous avez besoin de partir vous ressourcer dans des vrais pays, loin de ce capitalisme ambiant qui nous pourrit la vie.

La fatigue aidant, vous commencez à être à court de sujets de conversations, vous vous emmerdez un peu, du coup vous checkez vos messages, personne ne vous répond, vous devenez parano et DONC vous renvoyez une série de textos. F.A.I.L, BIS.

Les 7 SMS qu’il ne fallait surtout pas renvoyer à 4 heures du matin:

  1. « Non mais patron en fait ce que je voulais dire c’est que je vous remercierai jamais assez de m’avoir embauchée, je me sens parfois tellement incompétente, vous savez, un peu comme le syndrome de l’imposteur. À demain! »
  2. « Non mais tu sais je dis ça mais bon, depuis que j’ai refait ma vie avec Jean-Louis tout va bien hein tu sais, et puis la thérapie m’aide beaucoup hein non mais t’inquiètes pas hein ça va aller hein surtout avec les médocs je gère beaucoup mieux qu’avant. @ + »
  3. « Non mais je sais pas quel genre de mec tu es pour ne jamais répondre aux SMS franchement t’es complètement taré je ne veux plus JAMAIS entendre parler de toi c’est clair? T’es un psychopathe comme j’en ai rarement vu, un putain de pervers narcissique, tu m’oublies, c’est clair? »
  4. « Non mais en fait cet été on part avec Paulo faire le tour du Portugal à vélo j’avais complètement zappé. Bon, on se voit demain de toute façon, pour la réu. Tcho. »
  5. « Non mais en fait c’est vrai que parfois t’es pas facile hein, limite psycho-rigide mais bon à ton âge ça va pas être facile de changer de mentalité mais bon on se voit le mois prochain pour l’anniv de Bibi tu m’en veux pas hein allez je t’embrasse Mamounette. »
  6. « Non mais en fait je veux pas vraiment d’enfant hein je disais ça en l’air. Mais si tu veux on peut prendre un chien tu veux? Ou alors un bébé éléphant, j’adore les bébés éléphants. »
  7. « Non mais en fait, oubliez, pour les morpions. C’était une blague. C’est juste que c’est la mode cet été, l’épilation intégrale, je l’ai lu dans le Grazia de la salle d’attente. Voilà. Au revoir, docteur. Merci pour tout. »

Maintenant écoute-moi bien: lâche immédiatement ce téléphone. Sors à reculons. Et tais-toi. S’il te plaît, tais-toi.