Anvers Sacré-Cœur

J’ai de nouveau tenté de te joindre, sans succès. En rentrant avant-hier, après t’avoir vu, j’ai marché. Je ne voulais pas sentir la proximité des autres, leur odeur, entendre leurs conversations mornes, voir leurs regards fixes et leurs sourires fatigués.
J‘avais envie de flâner, personne ne m’attendait avant deux bonnes heures. Cent-vingt minutes de liberté.
Il faisait lourd, j’ai traversé les quartiers nord, en remontant le boulevard périphérique.

En dépassant le terminus du bus 81, j’ai pris la rue à droite pour longer la voie ferrée. Mes doigts couraient sur les barreaux du garde-fou. Au bout de quelques mètres je me suis arrêtée, j’ai appuyé mon front contre le métal, fermé les yeux, et aspiré l’air chaud. J’ai serré plus fort, le sang cognait dans mes tempes, je me suis mise à trembler, et une femme d’une quarantaine d’années s’est arrêtée à côté de moi et m’a demandé si j’allais bien. Mon mascara avait coulé, mes cheveux étaient sacrément emmêlés et mon jean trop long traînait sur la vieille paire de Converse jaune pâle que j’avais ressorties pour l’occasion. Pas étonnant qu’elle se soit arrêtée, je devais avoir une tête de déterrée. J’ai pensé à ce que tu m’aurais dit en me voyant dans cet état et tu aurais souri, évidemment. Je n’ai pas répondu à cette femme qui continuait à me regarder, attendant que je sorte de ma léthargie, d’ailleurs je ne savais pas quoi dire, incapable de savoir si j’allais bien, pas bien, pas trop, un peu, alors je lui ai souri. J’ai regardé en contrebas. Des flics se sont arrêtés à ma hauteur je me suis mise à courir, j’avais encore plus chaud et je ne voyais rien les cheveux dans les yeux, mon sac, tu sais le grand noir dans lequel je ne retrouve jamais mes affaires, il cognait contre ma jambe droite et il a glissé de mon épaule au carrefour après Porte de Clignancourt et je l’ai collé contre moi pour ne pas me le faire piquer. J’ai couru jusqu’à Marcadet. Après je ne me rappelle pas je crois que j’ai pris le bus mais ensuite j’ai marché longtemps, tellement longtemps que lorsque je suis arrivée je transpirais, l’appartement était vide, il n’y avait pas un bruit, sauf la fenêtre ouverte qui laissait passer le bruit de l’avenue.

J’ai posé mon sac dans l’entrée, j’ai traversé le salon, contourné le canapé et me suis dirigée vers la fenêtre. Quand je l’ai fermée, le silence a empli la pièce. La vitre était froide et j’ai posé mes mains dessus, et mon front sur le carreau c’était frais ça m’a refait penser à l’eau glacée avec laquelle tu m’aspergeais l’été dernier l’été d’avant ou bien est-ce que c’était il y a plus longtemps? J’ai frissonné, ai attrapé le premier tee-shirt qui me tombait sous la main et l’ai enfilé par dessus celui que je portais déjà. Il n’y avait personne et personne ne rentrerait avant une bonne heure. Je devais certainement aller faire des courses, je suis presque certaine de l’avoir entendu ce matin avant de partir me demander de remonter du beurre, ou de la crème, il voulait faire des pâtes. Du beurre ou de la crème, ça devait être ça. J’ai tourné sur moi-même, je me suis approchée du buffet, j’ai passé ma main dessus, une écharde s’est plantée droit dans mon pouce. Je me suis mise à pleurer. Oh, ne t’inquiète pas, je n’ai pas pleuré parce que je t’avais vu. Non. Je t’ai trouvé fatigué, c’est vrai, mais finalement, pas trop mal en point. J’ai pleuré sur cette écharde, plantée dans mon pouce, c’est bête, hein, un tout petit bout de bois.

J’ai essuyé les larmes du revers de ma manche, ai repoussé une mèche de cheveux qui retombait devant mes yeux, me suis mordu la lèvre, je me suis rappelée que tu aimais ça, cette façon bien à moi de me mordre la lèvre du dessous en plissant les yeux, qu’est-ce qu’on avait ri ce jour-là, on était partis à la campagne, tu te souviens? On n’avait rien d’autre à faire que de passer la semaine au lit, d’ailleurs c’est ce que tu m’avais dit. « Je te préviens, on passe la semaine enfermés. » Je me promenais à poil, et j’enfilais ton pull quand j’avais froid, tu me regardais déambuler devant toi fesses nues seins couverts, et tu souriais en coin. Tu t’asseyais sur le canapé, un bras sur l’accoudoir, l’autre sur ton bouquin, une jambe repliée sous l’autre, les cheveux en bataille, je te disais que tu étais beau, ça te faisait sourire, et tu continuais à me regarder. Parfois tu te levais, tu passais tes bras autour de ma taille et faisait glisser le pull au dessus de mes bras, et tu me retournais vers toi avant de plaquer ta bouche contre la mienne, avant que l’on se retrouve par terre, emmêlés, entrelacés, avant le murmure de ton souffle, du mien, et puis ensuite le silence endormi. Huit jours, et il a fallu repartir et c’était fini ça n’aurait pas pu durer plus longtemps mais je t’aimais déjà et je ne le voulais pas parce que je savais que tu ne serais jamais, jamais, à moi.

La première fois que je t’ai vu j’ai su que l’on finirait enfermés, d’une manière ou d’une autre. Le premier soir j’ai su que j’avais perdu, tu m’avais eue, je ne pouvais pas passer à côté de toi, ta peau s’accorderait parfaitement avec la mienne, ton corps au mien. Le premier jour avec toi, avant les baisers, les étreintes et la maison perdue, j’étais dans la cuisine, je ne te connaissais pas et c’est ta voix que j’ai entendue à l’autre bout de l’appartement. J’aurais dû me méfier. Ta voix. Ma fragilité. Je te tournais le dos. Cette fille nous a présentés, j’ai pivoté et j’ai relevé la tête vers toi. C’était plié. On a un peu ri personne ne comprenait pourquoi tes parents t’avaient appelé Barnabé, on avait picolé et c’est ta main qui me servait, sans jamais me frôler. Chaque fois que ton regard se posait sur moi je détournais le mien. Te regarder, c’était abdiquer.

Je  sais ce que tu dirais, c’est du passé, tout ça, et le passé ne reviendra pas. Tu es passé à autre chose, mais laisse-moi y repenser encore un peu, tu veux bien ? Je ne voulais pas te quitter. Je n’avais pas assez de ta salive, pas assez de ta sueur, pas assez de tes silences, pas assez de tes absences, pas assez de tout, pas assez de rien. Tes riens me plaisaient, je n’y peux rien, justement. Tu ne comprends jamais rien. Mais je ne peux pas être plus claire. Je ne te pardonnerai jamais ce que tu as fait le mois dernier. J’aurais tout de même aimé en discuter avec toi, on ne plante pas les gens comme ça. Tu es où, d’ailleurs ? Tu es ingérable, à disparaître tout le temps. Ta boîte vocale est pleine, tu sais ? On ne peut même plus laisser de message, c’est fatigant. Tiens, je suis passée au café l’autre jour et la serveuse m’a demandé de tes nouvelles. Et avant-hier, je t’ai apporté des fleurs : tu vois, je ne suis pas rancunière. Je ne sais pas combien de temps elles tiendront, mais je crois qu’elles te plairont. Tu me diras ce que tu en penses à l’occasion. Je suis rentrée à pied, par le boulevard périphérique. Personne ne m’attendait, j’avais un peu de temps devant moi, quelques minutes de liberté. Ce n’est pas si souvent, tu sais.

Je n’ai pas réussi à ôter l’écharde et les larmes brouillent ma vue. Pourquoi je pleure encore? Je pleure parce que j’ai chaud, froid, un peu tout à la fois. Je pleure d’avoir peur d’aimer, je pleure sur ces fuites en avant, impossibles à freiner. Si tu étais encore en vie, tu me dirais : mais pour moi, pourquoi tu pleures toujours?

Je ne sais pas trop quoi te dire.

Peut-être parce que je t’aime encore, mon amour.

5 astuces pour devenir populaire sur Twitter

J’ai toujours rêvé d’être populaire sur Twitter. Malheureusement, je ne suis pas assez assidue pour dépasser les 80 abonnés. L’avantage, c’est que je les connais tous et je peux même citer leur pire défaut et également parler de leur haleine du petit matin ou de celle de fin de soirée.
L’inconvénient, c’est la notoriété que je n’aurai sans doute jamais. L’adulation par de parfaits inconnus. Les rencontres IRL qui feraient battre mon petit cœur tout chaud. Les hordes de fans qui me harcèleraient. La célébrité virtuelle qui me ferait décoller vers les hautes sphères de l’Internet et du digital.

Ah, le digital. Les réseaux sociaux. L’e-réputation. Le pouvoir. L’influence.
Oui, j’admire celles qui tiennent leur communauté avec panache et discernement, celles qui, d’un tweet rageur, mettent à terre tous les mauvais et méchants community managers, celles qui tweetent 15 fois par heure et mènent de front 10 conversations différentes ou qui, d’un battement de cils ou d’un commentaire élégant, se démarquent avec grâce du commun des mortels.
Cela n’a pas été sans mal mais je crois bien avoir réussi à percer à jour le secret de leur popularité, et vous donner ainsi quelques clés pour obtenir un aller simple vers la célébrité.

 

Parler de son chat

Dans la vie, on a tous besoin de parler de son compagnon, de son mari, de ses enfants, de son chien ou de son épilation. Parler de son animal fétiche, c’est somme toute faire partager son quotidien et finalement se rapprocher du peuple, de toutes ces âmes esseulées qui errent sur la Toile le soir venu. Le chat crée ce lien humain qui fait tellement défaut à nos écrans, le chat représente cette part de féminin que les blogueuses les plus assidues défendent becs et ongles dans un monde encore largement dominé par le masculin, le chat c’est la douceur, l’élégance et la discrétion, le chat c’est aussi une lessive mais là on n’en parle pas trop quoique si on a besoin de parler au CM de Le Chat Machine alors là ça peut devenir intéressant, une sorte de mise en abyme, la blogueuse au chat qui parle au chat du Chat Machine et bon, franchement on n’est pas loin du sublime mais là n’est pas le propos. Petit conseil pour obtenir deux fois + de RT et de fav: parler de votre chat malade vous garantira un nombre conséquent de nouveaux followers et vous élèvera au rang de madone. Souffrance, sensation, émotion, voilà les ingrédients nécessaires pour obtenir un maximum de compassion.

 

Parler de ses oeufs benedict

Au final, ce qui vous rendra vraiment respectée sur Twitter, au delà de vos articles plein de mots et de photos de vos sweats branchés et de sacs en promo ou d’eye liner bleu électrique, ce sont les tweets sur ce que vous mangez. Et en ce moment, la bouffe à la mode (OUBLIE LE BURGER ÇA DONNE DES BOUTONS ET UN GROS CUL) c’est les œufs benedict. Point barre. La bonne fréquence, c’est 1 paire d’œufs benedict par jour, en alternant avec les photos de vos tenues quotidiennes, mais doit-on le rappeler? Attention toutefois à éviter le malheureux écueil qui pourrait ternir votre réputation de bonne vivante certes, mais saine, musclée et sportive: à trop se vanter de rentrer dans votre robe en 34 commandée chez ASOS avec le code spécialement créé pour vos fans, ils se rendront vite compte que vous n’êtes qu’une sale menteuse de boulimique qui vomit tous ses œufs sauce hollandaise, et ça, c’est mal. Très mal. It fucking sucks babe.

 

Parler de ses sapes

Le jour où vous postez des liens sur cette petite robe trop choupi et trop pas chère et que ça vous rapporte de l’argent, vous savez alors que vous êtes devenue influente. Quand vos followers vous retweetent et vous remercient de leur avoir ouvert les yeux sur C&A, chaîne de magasins tombée dans l’oubli des années 80 que vous défendez aujourd’hui comme LA marque ayant  réussi son come-back avec une petite collection capsule que même Carine Roitfeld s’en mord les doigts de ne pas l’avoir repérée avant tout le monde, alors c’est gagné. Le secret réside précisément dans votre capacité à faire croire au plus grand nombre que C&A, c’est the place to be. Cette notion est primordiale si vous voulez vous élever dans les hautes sphères. Lorsque vous vous sentirez vraiment à l’aise avec le monde de la mode, vous pourrez alors tenter une incursion vers des créateurs plus exigeants et tweeter sur Raf Simons, Riccardo Tisci et Nicolas Ghesquière. Alors, votre communauté ébahie découvrira avec incertitude mais admiration votre goût immodéré pour une mode haut de gamme, inabordable et audacieuse. Personne ne vous comprendra, mais tout le monde vous respectera.

 

Parler de son job

Ne jamais perdre de vue que l’essentiel est de défendre sa crédibilité. Blogueuse n’est pas un métier, c’est un complément d’activité. Il faut donc toujours bien veiller à faire passer le message que votre véritable statut professionnel, c’est, au choix: community manager/consultante digitale/spécialiste réseaux sociaux/RP/(éventuellement responsable communication OU journaliste mais vraiment si vous n’avez rien d’autre à vous mettre sous la dent). Ceci est important dans la mesure où les personnes mal intentionnées ne manqueront pas de vous attaquer sur ce sujet sensible: que faites-vous exactement dans la vie à part poster vos tutos et tweeter tout au long de la journée? On ne manquera pas non plus de vous demander combien vous gagnez exactement pour raconter votre vie sur le net, auquel cas il ne faudra surtout pas vous énerver. Scannez votre carte de visite, mettez en avant votre profil LinkedIn et répétez à l’envi que votre communauté, elle, sait que votre démarche est sincère et en aucun cas guidée par l’appât du gain.

 

Parler aux marques

À un moment donné, il faut passer un cap, et OSER. Oser, cela passe avant tout par du panache, de l’audace et un ego surdimensionné. Exemple: votre nouveau statut de blogueuse célèbre sur Twitter vous donne le droit inaliénable et universel d’interpeller les marques. Tout d’abord pour vous, parce que votre colis La Redoute n’est pas arrivé deux heures après l’avoir commandé, ce qui est proprement inadmissible vous en conviendrez, et ensuite –  et c’est là que se mesure réellement votre niveau de popularité – pour les autres. Je m’explique: animer une communauté c’est aussi se faire leur représentant auprès des marques qui veulent se faire du beurre sur le dos des consommateurs. Alors quand un de vos followers vous dit que Findus a oublié de mettre de la panure partout sur son poisson pané de ce midi, votre sang ne doit faire qu’un tour, et telle votre arrière grand-tante qui écrivait à tous les services client mentionnés au dos de ses paquets de biscuits, vous dites à Findus que ça va bien les gars mais franchement ils pourraient se bouger pour répondre à la pauvre jeune femme en détresse parce que sinon, attention, vous allez dire à votre communauté qu’ils sont vraiment pas gentils et que grâce à votre simple nom, ça va méga bad buzzer.


Vous voyez, rien de plus facile que de devenir populaire sur Twitter. Quelques jours de pratique suffiront pour que vous puissiez noter une nette amélioration de vos stats personnelles. Alors, la vie sera belle, et vous aussi, vous deviendrez un vrai winner.
Vous aussi, partagez vos astuces pour devenir une star de Twitter avec le hashtag: #JeSuisUnOeufBenedict.