Une déclaration

Ninon, tu as le plus beau des prénoms.

Tu aurais pu être Alice ou Lucie, mais on a décidé que non, tu serais Ninon.
Ça ne tenait pas à grand-chose. À 5 lettres exactement, qui ont surgi un beau matin dans la vieille salle de bains. Le livre posé en équilibre sur le rebord mouillé de la baignoire, ton père s’est mis à hurler. « NINON, C’EST NINON! » Et j’ai souri, évidemment que tu étais une Ninon, comment avait-on pu ne pas y penser? Voilà, mon amour, comment on a choisi ton prénom. La salle de bains de l’appartement était tapissée de moquette brun et le sol en parquet penchait dangereusement. L’appartement était un peu pourri, carrément biscornu, un peu comme nous deux, complètement tarés de faire un enfant si rapidement. 5 mois, c’est court pour s’engager éternellement. Tu ne feras pas pareil, hein? Ou alors tu devras aimer éperdument, c’est la seule raison qui justifie de faire des enfants.

Si tu savais, Ninon, comme j’ai caressé ton prénom.
Je t’ai murmurée en passant ma main sur mon ventre, je t’ai épelée face au miroir, je t’ai chantée tout bas, je te l’ai dit quand tu m’as regardée la première fois. Tes grands yeux bleus ma Ninon, plantés dans les miens, BAM.

Ninon tu avais décidé de ne jamais faire les choses à moitié: tu es arrivée et tu m’as enrôlée dans ton monde complètement givré. Ton étrangeté me tue, Ninon. Je suis une mère jalouse. J’aimerais être à ton niveau, voir ce que tu vois, rêver ce que tu rêves, penser ce que tu penses. À quoi tu penses, Ninon? Il faut rêver mon ange, et ne jamais arrêter d’y croire, croire aux miracles, aux fées au Père Noël et à tout ce bordel, il faut aussi s’aimer et se le dire, il faut s’émerveiller, et ne jamais arrêter de s’étonner, de chercher, de comprendre et d’apprendre,  il faut monter aux arbres, et courir pieds nus, et rouler dans le sable, et sauter dans les flaques, et avaler les flocons de neige, et dessiner des rosaces, et dévaler les escaliers, et boire des chocolats très chauds, et prendre des bains avec trop de mousse, et se cacher sous les couvertures. Il faut s’embrasser et se tenir la main et puis il faudra toujours que tu penses à rigoler. Promets-moi que tu ne cesseras jamais de te marrer.

Ninon, ton prénom, c’est un nom de roman, un nom sans concession, un nom à toi, un nom qui ne laisse pas le choix. Ninon Ninon Ninon, tu es le vent dans mes cheveux: ça souffle et ça s’enroule et ça m’enveloppe, tu es ma liberté Ninon chérie, tu es mon grand, très grand souffle de vie.