Tout ce qu’on ne vous a jamais dit sur le mariage

C’est fou la pression que l’on se met quand même, sur cette histoire de mariage.

Non pas que je me la soit trop mise en ce qui me concerne, mais même quand tu pars sur une idée de mariage relativement simple, une toute petite cérémonie à la cool en mode bohème, tu te retrouves en un rien de temps avec 48 boards sur Pinterest, à épingler compulsivement chaque photo de couronne de fleurs et de bocaux en verre jusqu’à ce que tu fasses littéralement flipper ton mec, qui assiste impuissant à la métamorphose de la femme qu’il a entrepris d’épouser (et qui par la même occasion se demande comment revenir en arrière). Que tu le veuilles ou non, on a un truc dans nos gènes, qui, une fois qu’on passe en mode  « IL VEUT M’ÉPOUSER », fait péter tous ce que tu as patiemment construit au fil des années, toutes tes réserves de bon sens faisant de toi une adulte raisonnée.
D’un coup d’un seul, BAM, tu as changé.

Ça vient progressivement, mais l’engrenage est fatal.
Tu commences par t’en foutre un peu, en brandissant l’argument de choc: « On veut vraiment un mariage simple. On mettra des nappes blanches dans le jardin et on mangera de la paella. » On notera d’ailleurs l’usage du pronom indéfini ON, incluant de facto le couple, alors que tu es tout de même seule à décider vu que ton mec en a rien à carrer, il veut juste s’assurer qu’ON va bien bouffer. TOI, par contre, tu es lancée.

En un rien de temps tu te retrouves chaque week-end chez Emmaüs, pour y dégoter des draps troués mais brodés, et quelques babioles vintage années 30 ou 40 peu importe du moment que ça fait vieux parce que le vieux, c’est le nouveau branché. Non pas que tu aimes chiner, soyons-bien d’accord, c’est quand même très spécial d’aimer fouiller dans des montagnes de trucs dégueus mais quand même, ça fait une activité sympa en couple donc vous écumez, toi et ton amoureux qui s’est mis à boire pour oublier,  les brocantes et les vide greniers, à la recherche de l’assortiment d’assiettes anciennes parfait. Je rappelle tout de même qu’à la base, tu étais partie sur une déco de table un peu déstructurée, un truc vraiment basique, frais et pas compliqué, mais finalement tu préfères créer « une ambiance », quelque chose avec du cachet, pour que tes invités se retrouvent dans votre univers et partagent avec vous ce beau moment d’amitié.

Une fois la vaisselle trouvée par lot de 36 – en te convaincant que tu la réutiliseras pour manger ton filet de poulet courgettes du dimanche soir -, tu te dis que ce serait tout de même dommage de laisser de côté le reste, c’est à dire l’extérieur, le lieu de réception. En guise de nappes dans l’herbe, tu préfères finalement des tapis assortis mais pas trop, et ce serait bien de prévoir aussi quelque chose sur le buffet qui rappelle l’ambiance décontractée, un petit chemin de table et quelques fleurs que tu pourrais aussi mettre dans ton bouquet. Et puis des lampions dans les arbres pour faire des jolies lumières, et puis des chaises de la même couleur avec des coussins quoique les ballots de paille ça donne un petit twist champêtre sympa, et puis il faudra aussi penser au photobooth pour graver cette journée dans la mémoire de vos amis.

Les semaines passent et ne se ressemblent pas, tes troubles du comportement alimentaire réapparaissent à cause du stress et tu oscilles maintenant entre des semaines entières à bouffer du tarama par lot de 8 et celles où tu ne manges plus que deux tomates cerises par jour,  obnubilée que tu es par la recherche du prestataire parfait. Prise dans la spirale du stress pré-nuptial, submergée par l’angoisse, dévorée par la culpabilité de te planter, tu décides un beau matin de faire un tableau excel pour ne rien oublier. Déjà, ça craint. Mais ça pue encore plus quand tu prépares la ligne « mariée » et que dans la colonne accessoires, tu n’as rien.

Le vide.
L’abysse.
Tu as oublié d’acheter tes accessoires de mariée.
LES ACCESSOIRES PUTAIN.

Parce qu’après la décoration des lieux, on rentre dans le lourd: the bride to be. Et même si tu avais jusqu’alors réussi à conserver un semblant de dignité, soudain tu bascules, la situation t’échappe et paralysée par l’angoisse, tu déroules le fil de ta vie.
On est passé du concept assez simple d’une robe sans chichi, avec une petite dentelle sur le décolleté, à un bordel sans nom autour du voile, de la couronne, des chaussures et du bouquet. En un rien de temps tu t’es farci les meilleurs blogs mariage et tu optes, au comble du désespoir, pour le combo gagnant: voile ET traîne ET bouquet. Résultat des courses: le jour J tu te retrouves coincée avec, dans la main droite le bouquet + la main de ton mec, et dans la main  gauche la traîne – pleine de terre dans laquelle tu te prends les talons – + le voile qui s’accroche à tous les buissons (marche aussi avec la couronne de fleurs qui se casse la gueule à chaque fois que tu fais une bise). Impossible de boire du champagne ou de manger, c’était bien la peine de booker un traiteur branché pour ne rien pouvoir avaler.

Pourtant, sur le coup du traiteur tu t’en étais plutôt bien tirée: toi et bibi vous étiez enfin d’accord sur quelque chose, et quand tu lui en as parlé, tu as senti un regain d’intérêt, une lueur dans son regard. Enfin, d’accord… d’accord sur le principe d’embaucher quelqu’un qui se charge de faire à manger. En rentrant dans les détails, ça s’est corsé: tu parles verrines quand il propose tapas, tu suggères poisson quand il part sur des burgers, et quand tu dis champagne il répond bière. Pas vraiment sortis de l’auberge, le choix s’annonce cornélien, tu menaces de le quitter et il te propose d’en reparler demain. Entre temps c’est foutu, plus personne n’est dispo à la date prévue, vous vous rabattez sur l’incontournable traiteur un peu chelou du coin qui vous propose de laisser sa créativité s’exprimer avec son fameux chariot de desserts enflammés.

Parce que tu n’en avais pas assez, c’est le moment où les témoins, à qui on n’avait rien  demandé soit dit en passant,  demandent si une cérémonie laïque est bien prévue, vu que vous n’êtes pas croyants, en tout cas pas suffisamment pour imposer à vos vieux potes une messe de 2h avec communion et psaumes à gogo, et que quand même c’est sympa comme idée. Non, rien n’est prévu, ça se prévoit ces trucs-là? Vos soirées de couple ressemblent à une guerre de tranchées, et l’organisation de la cérémonie laïque vous fait monter d’un cran sur l’échelle des motifs de rupture. Parce que si les filles adooooorent écrire leurs vœux, les mecs, c’est une autre histoire. « Des vœux? Des vœux de quoi? D’amour? Mais je t’aime , ça suffit non? ».
Bon, c’est pas gagné.
Donc, que fais-tu? Hein? Je veux dire, que ferions-nous toutes à ce moment-là?
ET BAH TU ÉCRIS LES VŒUX DE TON MEC.

Tout ça n’est rien comparé au mariage en tant que tel: entre tes potes qui n’avaient pas compris que mariage en petit comité ne voulait pas dire qu’ils pouvaient se pointer à 4 sans confirmer et le maire qui arrive complètement bourré et fait un discours sur l’amour qui de toute façon ne dure jamais, vous frôlez le drame à peu près toutes les 30 minutes. Heureusement que ton mec est heureux, tu le vois à ses yeux embués et son nez un peu rougi. Vous n’aurez  pas fait tout ça pour rien et tu verses une larme en l’observant de loin, il y a un cœur qui bat vraiment dans cet homme-là.

Jusqu’à ce qu’il s’approche de toi, passe ses bras autour de ta taille, et chuchote au creux de ton oreille ces mots inoubliables: « Chérie, je crois que je suis hyper allergique aux fleurs de ton bouquet« .

 

 

La beauté du geste

Je ne sais pas ce qui m’angoisse le plus.

« C’est l’organisation? »

Oui, non, je ne crois pas. Mon mec fait ça très bien, c’est sa came, l’organisation.
Moi, disons que j’aime bien donner des directives et après, soyons clairs, ça me gave. Les devis, les réservations, les rappels, les arrhes (on en parle?), les GENS.

Non, ce qui me stresse, c’est l’engagement. C’est bizarre de dire ça avec deux enfants, parce qu’en termes d’engagement ça se pose là, les mômes. Le mariage c’est différent.

C’est l’engagement en tant que femme, l’amoureuse, l’aimante, l’amante, la partenaire, la compagne, l’amie, la confidente. C’est moi et moi seule, qui m’apprête à signer pour la vie et qui prends l’entière responsabilité de cet amour-là.
Je vais m’engager à être, quoi qu’il arrive,  à côté de lui pour avancer, devant lui pour le protéger, derrière lui pour le soutenir.
J’espère être celle vers qui il continuera à se tourner s’il en a envie, j’espère être assez belle à ses yeux pour qu’il ne cesse jamais de me sourire en me serrant très fort la main, j’espère être assez forte pour deux pour qu’il puisse se reposer sur moi quand il en aura besoin.

Le mariage pour moi n’aurait pas pu arriver avant mes 37 ans, avant ces presque 6 ans de relation avec lui, avant mes deux enfants de deux pères différents, avant les autres que j’ai aimé(e)s. Je ne connaissais rien de la vie à deux. Je n’aurais pas su faire, je n’aurais pas supporté l’autre, je ne me serais pas supportée comme femme liée, comme officielle, comme certifiée. Je ne m’en sentais pas la légitimité, ni l’envie, sans parler de la responsabilité.

Je crois qu’il faut beaucoup d’humilité pour oser dire à l’autre que l’on se sent capable de l’aimer pour toujours. Je crois qu’il faut beaucoup d’audace pour le faire devant témoins. Je crois qu’il faut beaucoup aimer pour y aller quand on en connaît la difficulté.

Le couple, ça se polit, ça se peaufine, ça se rajuste, ça s’écharpe et ça crie.
Ça se caresse, ça s’entretient, ça se surprend, ça se regarde , ça pleure et puis ça rit.

Il faut rire, partout, tout le temps, au supermarché et en baisant.

Je sais les efforts qu’il faut faire pour toujours respecter l’autre qu’on a choisi, l’écouter, le laisser prendre les devants parfois, et puis de temps en temps, imposer ses choix. Je sais que la vie ne nous fera pas de cadeaux, mais on est rodés, on a déjà eu l’occasion d’éprouver notre résistance et tester notre endurance.

Je le choisis pour son irrévérence, à ce niveau on devrait bien s’entendre pour longtemps.
Je le choisis pour calmer la folie qui m’habite, pour m’offrir les bras qui me manquent, ceux de ma mère, de mes pères, de mes frères.
Je le choisis pour remplacer ces autres qui ont fui, pour me rassurer sur celle que je suis.
Je le choisis comme une femme amoureuse malgré tout, comme une gamine cassée mais debout, comme une ado qui envoie des sextos, comme une grande fille un peu larguée.
Je le choisis pour nos soirées canapé, pour nos nuits écourtées, pour nos matins pressés, pour la jalousie qui pointe parfois son nez, pour l’attention qu’on ne se donne jamais assez.

Je le choisis pour ces engueulades mémorables, pour ces ras-le-bol réguliers, pour les pardons qu’on n’ose pas prononcer.
Je le choisis parce que que nous sommes radicalement différents, parce que j’aime terriblement  cet ailleurs qu’il me tend.
Je le choisis pour notre foyer notre cocon notre maison notre grande famille recomposée.

 

Je le choisis pour la beauté du geste, pour cette preuve d’amour de deux grands fous, en souvenir d’une soirée de janvier, de sa main qui effleure mon genou, je le choisis à vie pour cette caresse qui n’appartient qu’à nous.