La beauté du geste

Je ne sais pas ce qui m’angoisse le plus.

« C’est l’organisation? »

Oui, non, je ne crois pas. Mon mec fait ça très bien, c’est sa came, l’organisation.
Moi, disons que j’aime bien donner des directives et après, soyons clairs, ça me gave. Les devis, les réservations, les rappels, les arrhes (on en parle?), les GENS.

Non, ce qui me stresse, c’est l’engagement. C’est bizarre de dire ça avec deux enfants, parce qu’en termes d’engagement ça se pose là, les mômes. Le mariage c’est différent.

C’est l’engagement en tant que femme, l’amoureuse, l’aimante, l’amante, la partenaire, la compagne, l’amie, la confidente. C’est moi et moi seule, qui m’apprête à signer pour la vie et qui prends l’entière responsabilité de cet amour-là.
Je vais m’engager à être, quoi qu’il arrive,  à côté de lui pour avancer, devant lui pour le protéger, derrière lui pour le soutenir.
J’espère être celle vers qui il continuera à se tourner s’il en a envie, j’espère être assez belle à ses yeux pour qu’il ne cesse jamais de me sourire en me serrant très fort la main, j’espère être assez forte pour deux pour qu’il puisse se reposer sur moi quand il en aura besoin.

Le mariage pour moi n’aurait pas pu arriver avant mes 37 ans, avant ces presque 6 ans de relation avec lui, avant mes deux enfants de deux pères différents, avant les autres que j’ai aimé(e)s. Je ne connaissais rien de la vie à deux. Je n’aurais pas su faire, je n’aurais pas supporté l’autre, je ne me serais pas supportée comme femme liée, comme officielle, comme certifiée. Je ne m’en sentais pas la légitimité, ni l’envie, sans parler de la responsabilité.

Je crois qu’il faut beaucoup d’humilité pour oser dire à l’autre que l’on se sent capable de l’aimer pour toujours. Je crois qu’il faut beaucoup d’audace pour le faire devant témoins. Je crois qu’il faut beaucoup aimer pour y aller quand on en connaît la difficulté.

Le couple, ça se polit, ça se peaufine, ça se rajuste, ça s’écharpe et ça crie.
Ça se caresse, ça s’entretient, ça se surprend, ça se regarde , ça pleure et puis ça rit.

Il faut rire, partout, tout le temps, au supermarché et en baisant.

Je sais les efforts qu’il faut faire pour toujours respecter l’autre qu’on a choisi, l’écouter, le laisser prendre les devants parfois, et puis de temps en temps, imposer ses choix. Je sais que la vie ne nous fera pas de cadeaux, mais on est rodés, on a déjà eu l’occasion d’éprouver notre résistance et tester notre endurance.

Je le choisis pour son irrévérence, à ce niveau on devrait bien s’entendre pour longtemps.
Je le choisis pour calmer la folie qui m’habite, pour m’offrir les bras qui me manquent, ceux de ma mère, de mes pères, de mes frères.
Je le choisis pour remplacer ces autres qui ont fui, pour me rassurer sur celle que je suis.
Je le choisis comme une femme amoureuse malgré tout, comme une gamine cassée mais debout, comme une ado qui envoie des sextos, comme une grande fille un peu larguée.
Je le choisis pour nos soirées canapé, pour nos nuits écourtées, pour nos matins pressés, pour la jalousie qui pointe parfois son nez, pour l’attention qu’on ne se donne jamais assez.

Je le choisis pour ces engueulades mémorables, pour ces ras-le-bol réguliers, pour les pardons qu’on n’ose pas prononcer.
Je le choisis parce que que nous sommes radicalement différents, parce que j’aime terriblement  cet ailleurs qu’il me tend.
Je le choisis pour notre foyer notre cocon notre maison notre grande famille recomposée.

 

Je le choisis pour la beauté du geste, pour cette preuve d’amour de deux grands fous, en souvenir d’une soirée de janvier, de sa main qui effleure mon genou, je le choisis à vie pour cette caresse qui n’appartient qu’à nous.

 

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