Premiere fois

amour-et-jurons-premiere-fois

J’ai toujours voulu raconter des histoires. Et depuis quelques années, j’en raconte, à droite à gauche.

Amour & Jurons a d’abord été un blog de chroniques douces-amères : j’avais 30 ans, je venais de me séparer du père de ma fille et je n’avais qu’une envie, profiter de ma liberté. Pendant plusieurs mois je suis sortie danser en boîte les bras en l’air, je suis tombée amoureuse sans que ce soit réciproque et j’ai vécu des relations éphémères, parfois magnifiques mais la plupart du temps, si je suis vraiment honnête avec moi-même, complètement foireuses et vouées à l’échec. J’ai pas mal picolé et fumé, aussi.

À cette époque-là, je n’avais qu’une angoisse, que plus personne ne veuille jamais de moi. J’était complètement obsédée par cette idée que j’allais finir seule et aigrie (et potentiellement alcoolique et fumeuse de haut-niveau). J’étais mère célibataire, je devais gérer une rupture, un déménagement, des finances en chute libre, un job et l’éducation de ma fille, et j’ai galéré, objectivement. Je ne voudrais revivre cette période d’entre-deux pour rien au monde, pendant laquelle je me suis sentie aussi peu en sécurité affective. Ces chroniques me permettaient d’extérioriser mon inquiétude de me sentir moche et seule et inutile. Et puis ça me permettait de me moquer de moi-même et de ma tendance drama-queen. Il faut dire qu’on a quand même bien rigolé, avec ces histoires de sms à ne pas envoyer à trois heures du matin, surtout quand on a passé l’âge de faire ce genre de choses.

Mais justement, est-ce qu’on passe jamais l’âge de faire ça, quand ça concerne les sentiments? Je veux dire, qu’y a-t-il d’autre qui monopolise autant les conversations quand on a écumé tous les autres sujets? On en revient toujours au même à la fin : “et sinon, toi, les amours, tu en es où?

Il y a neuf ans, j’avais beau être une jeune femme libre et indépendante, au fond de moi, je ne voulais qu’une seule chose, que quelqu’un m’aime et m’attende quelque part. OK, cette phrase est facile. Il n’empêche que c’était compliqué, je ne savais pas ce que je voulais, mais une chose était sûre, j’avais la trouille. Quelques mois après ma crise de la trentaine, j’ai rencontré quelqu’un, qui venait lui aussi de se séparer. Nous avons assez rapidement expérimenté les joies et les mystères de la famille recomposée, et si je ne me suis pas posé de questions au tout début, depuis quelques mois et ma toute récente quarantaine, je m’interroge de plus en plus sur la place qu’on peut laisser à l’amour amoureux dans cette configuration. Nous nous sommes mariés depuis, moi qui était plutôt réticente, et avons fait un enfant ensemble, moi qui était plutôt réticente -bis.

En huit ans de relation, nous sommes passés par différentes phases. Enflammés au début, excités dès qu’on se retrouvait, joyeux à l’idée de cet avenir radieux qui nous tendait forcément les bras, et puis au bout de quelques temps, on est revenus sur terre et la réalité nous a bien fait comprendre qu’il allait falloir en avoir un peu plus sous le capot, si on voulait tenir sur la longueur. Pour la première fois depuis le début de ma vie sentimentale et le jour où j’ai croisé le regard de Nicolas L. en troisième C, j’ai commencé à m’interroger sur l’amour dans mon couple, et sur ce qui nous liait fondamentalement, mon partenaire et moi. Vous remarquerez que je ne parle pas de mari, parce que le couple au long cours ressemble beaucoup à un bon partenariat, avec tout ce que ça compte de magnifique… et de plus contraignant. Et puis il se trouve que c’est mon prénom, et phonétiquement, avec le mari de Marie, on frôle presque une blague Carambar, dans la catégorie quel est le comble de? Par contre, j’adore dire mon époux. Ce côté vieille chouette m’enchante, et je ricane doucement en observant les réactions.

Depuis quelques mois, j’ai remarqué que les discussions sur les relations amoureuses que je pouvais avoir mes ami.e.s prenaient une autre dimension, moins futiles, plus impliquantes, plus sérieuses. Et souvent, beaucoup plus enrichissantes qu’avant. Là où je vivais l’amour comme un éternel idéal de vie il y a encore neuf ans, il semblerait que les années qui viennent de s’écouler aient considérablement modifiées mon état d’esprit. J’en comprends mieux les subtilités, je perçois ma capacité à encaisser des choses pour lesquelles j’aurais fait mes valises auparavant, je réalise que l’amour a pris une autre définition, au fil des mois, des évènements, des épreuves, des naissances…

Autour de moi, mon entourage a aussi affronté des échecs, des déconvenues, ou à l’inverse des rencontres incroyables, des révélations. On rit plus férocement de nos aventures sentimentales, avec plus de distance, puisque le privilège de prendre de l’âge, c’est de gagner en recul sur les choses et sur les gens. Moins dupes, on fait un peu plus attention à soi, avant de prendre soin de l’autre. Que ce soit avec les célibataires, les divorcés, les en couple depuis vingt ans, les réfractaires aux papillons dans le ventre, j’ai littéralement raconté ma vie autour de cafés à rallonge, et cela m’a permis, à plusieurs reprises, de surmonter des crises de couple.

Ces échanges m’ont donné envie de creuser le sujet, en reprenant ce titre de blog que j’aime beaucoup, parce que l’amour ne va pas sans les griffures, parce qu’être capable de rire de soi et de certaines situations apporte une autre perspective aux choses de la vie, et parce que le mieux, c’est encore d’en parler et d’en rire… Alors bienvenue ici, j’espère que le voyage vous plaira!

marie lagarde