Grand Amour

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Il y a quelques mois, en réfléchissant aux interviews pour le podcast, j’ai listé toute une série de questions. Une des dernières était celle-ci : quelle est votre histoire d’amour la plus folle? Je l’aime particulièrement, parce que de toutes les formes que peut prendre l’amour, sa version fulgurante me fascine depuis longtemps.

J’ai été une amoureuse passionnée jusqu’à mes 27 ans, et puis je me suis calmée, par la force des choses et la naissance de ma fille, mais j’ai eu la chance de vivre, deux fois dans ma vie sentimentale, cette évidence qui saisit au coeur. Pour les deux, j’aurais été capable de tout quitter, simplement parce que l’harmonie avec l’autre était tellement inouïe que plus rien d’autre ne comptait. J’ai le souvenir de ce sourire complètement béat, de la légèreté de mes pas, l’expression “ne plus toucher terre” prenait enfin tout son sens, et de cette sensation physique, presque chimique, qui vous accroche à la peau et au regard de l’autre, de toucher à quelque chose d’indicible, une sorte d’évidence folle que nos coeurs se reconnaissaient. Ce sont deux expériences incroyables, dont l’une s’est concrétisée par quelques nuits d’amour fou et de promesses impossibles à tenir, et la seconde complètement chaste, sans même un seul baiser échangé, mais un contact, en se disant au revoir après une semaine à se dévorer littéralement des yeux, en forme de hug. Nous avions tous les deux peur de trop nous serrer l’un contre l’autre, persuadés que le monde entier allait nous voir nous consumer, et intimement convaincus que nous avions vécu une rencontre hors du temps.

Romantique, n’est-ce pas?

Dans les deux cas, pendant les mois qui ont suivis, nous avons échangé quelques messages, des paroles de chansons, et puis nous avons arrêté, nous promettant que si notre route devait se croiser à nouveau, et si nous étions libres tous les deux, alors peut-être... Mais à ce moment-là, ce n’était juste pas le bon timing. Tout n’était pas en place.

C’est également ce qui m’a traversé l’esprit pour la seconde histoire, ancrée dans une réalité plus tangible, avec une courte liaison qui s’est achevée pour beaucoup de raisons, la principale étant que cet homme-là partait vivre très loin, à l’exact opposé de la terre, en fait.

Je me suis longtemps demandé quelle était la signification de ces deux rencontres, si différentes l’une de l’autre, et tellement éloignées de tout ce que j’avais pu ressentir jusque là. J’ai parfois regretté que la vie puisse me jouer un sale tour en contrariant ces folies passagères que j’aurais voulu éternelles, et puis j’ai décidé de garder quelque part dans un jardin secret, le souvenir de ces murmures silencieux, de ces regards convaincus de vivre un moment unique et l’incroyable sensation de me sentir vibrer. C’est merveilleux, parce que je sais que ça existe, et que c’est immense, comme un sentiment d’invincibilité et d’harmonie totale. J’ai essayer de retrouver cet état dans d’autres relations, mais ça ne marchait pas, l’amour se nichait ailleurs, et j’ai mis quelques années avant de comprendre que ce n’était pas mieux ni moins bien, juste différent. Par contre, j’ai aussi compris que l’essentiel était de vivre pleinement les sentiments que l’autre éveillait en moi, et de les accueillir de la meilleur manière possible. Tous les amours ne se ressemblent pas, certains nous font grandir quand d’autres nous plongent dans des gouffres sans fond. Mais avec ces deux-là, j’ai touché du doigt la communion parfaite entre deux personnes, et peut-être que ça n’aurait jamais fonctionné sur la longueur, mais l’intensité de l’attraction était tellement belle que ces instants en valent mille autres.

J’ai repensé à ces histoires il y a quelques jours, en lisant un article sur Michel Legrand. J’aime Michel Legrand depuis toujours, et me dire qu’à partir de maintenant, il n’y aura plus de nouvelles chansons jouées de ses mains, me rend vraiment triste. Certaines m’accompagnent encore au quotidien, et sa musique a le don de me tirer de mes jours gris. L’histoire d’amour qu’il a vécue avec Macha Méril est une des plus belles que je connaisse. Dans cette interview, elle raconte leur première rencontre, à un moment de leurs vies où ils étaient l’un et l’autre engagés, avant de se retrouver à plus de 70 et 80 ans… Elle y cite, parmi d’autres, un de ses messages qui à lui seul, résume à mon sens ce que l’on appelle l’amour absolu :

“Je t’aime au-delà de toute compréhension, au-delà de toute imagination, dans les sphères où seuls pénètrent les malades de la vie rêvée et de l’amour attendu”.

Le simple fait d’imaginer ces mots, de me dire qu’ils peuvent exister, placés les uns à la suite des autres, qu’il est possible de les murmurer et de les recevoir, suffit à m’émouvoir. S’il ne restait que ça, alors ça vaut le coup.

marie lagarde