Plus qu'hier

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Mais moins que demain, ou différemment, ou un peu plus, ou pas vraiment. Je n’ai pas le souvenir que l’on m’ait appris, plus jeune, que l’amour ne restait pas nécessairement linéaire tout au long d’une relation, mais pouvait au contraire varier en intensité et en intentions.

J’ai été élevée dans une vision plutôt classique du couple : rencontre-mariage-enfants-charge mentale, et j’ai systématiquement cherché à prendre le contre pied de ce que j’estimais être la Mort de l’Amour, rien que ça. La nuance? Connais pas.

J’ai par exemple été longtemps convaincue (genre jusqu’à il y a trois ans) (c’est donc vraiment très long) que l’amour devait triompher et ce, quelle que soit la relation, avec qui que ce soit. Dès que les intentions diminuaient, les miennes ou celles de mon/ma partenaire, je vivais ça comme un désaveu, voire un désastre. L’amour devait être magique tous les jours. Biberonnée aux séries cheesy des années 90, Beverly Hills et Melrose Place en tête de classement, je n’envisageais les rencontres et les relations amoureuses que comme des éléments devant gouverner ma vie. Le reste? Rien à foutre, c’était purement accessoire. L’amour devait guider ma vie et être fou, enveloppant, magnifique.

Et évidemment, ça devait faire souffrir, sinon ça n’avait aucun intérêt.
J’ai donc consciencieusement égratigné ou saccagé des relations trop sages, trop jolies, trop faciles, pour en faire des évènements grandioses et lyriques (coucou Dylan McKay et Brenda Walsh). Et franchement, j’en ai bavé autant que j’en ai fait baver à l’autre, alors même que je cherchais l’exact contraire de ce que j’étais en train de faire. Résultat : j’étais malheureuse, presque contre mon gré. Mais impossible de faire autrement, j’étais programmée pour vivre les sentiments puissance mille. Sans ça, c’était fini, je rompais en me plaignant copieusement de ma difficulté à rencontrer quelqu’un qui partage enfin mon idéal. Tout n’est pas perdu, puisque c’est pendant ces longues périodes de doute, de crises de larmes et d’angoisse - j’exagère à peine - que j’ai tissé mes plus solides amitiés. Il faut dire que ça soude, des heures passées à boire du café et du vin blanc, à décortiquer des comportements, des textos, des emails et autres “tu penses que ça veut dire quoi s’il ne me répond pas?”

Jusqu’à ce que je réalise, assez récemment donc, que d’une part si quelqu’un ne répond pas un texto c’est qu’il n’a juste PAS ENVIE de répondre, donc il faut en tirer les conclusions qui s‘imposent, et d’autre part, que la relation amoureuse pouvait, miracle de l’âge et de la maturité, évoluer et régresser selon différentes périodes, sans que ça entraîne systématiquement une rupture.
Honnêtement? C’est une révélation.
C’est du boulot, par contre, et bien plus difficile que de se tirer en claquant la porte. On va me dire, c’est parce que tu as des enfants, des responsabilités, mais je pense que ça n’a strictement aucun rapport. Je crois que je grandis, et que je savoure mieux l’essence d’une relation sur le long cours. Si ma vie amoureuse était pitoyable, je partirais certainement, mais le concept du terrible passage à vide ne m’effraie plus. En tout cas, je travaille dessus… Le fait que dans le couple, on puisse vivre à côté l’un de l’autre et un peu moins ensemble, devient une idée acceptable et j’essaie de la prendre comme elle est.

Je crois que la vie ne nous permet pas d’être sexy/séduisant/sentimental/amoureux 365 jours par an. Au contraire, on peut continuer à vivre avec l’autre sans tous les attributs classiques de l’amour : complicité-sexualité-tendresse-passion-mots doux. On peut être colocataires, et ce n’est pas grave. Les liens peuvent se tisser à un autre endroit de la relation, il arrive d’ailleurs qu’on ne sache pas exactement où, mais ils sont là, et constituent le fond du panier, si vous voyez l’image. Certains ici se diront : mais attends, elle a mis 40 ans à comprendre ça? Oui, et je reviens de loin, croyez-moi. Je suis admirative des couples qui tiennent sans heurts apparents, parce que très franchement, je ne suis pas câblée de cette manière et pour moi, tout est prétexte à se remettre en question, soi, l’autre, le couple, la vie, le mariage, TOUT. Question de personnalité ou d’éducation, peut-être, franchement je ne sais pas. Ce que je sais, par contre, c’est que le fait d’avoir vécu tous les affres amoureux m’a apporté pas mal de jolies expériences et surtout, je sais absolument ce dont je ne veux plus. Je comprends, petit à petit, que l’on vit avec quelqu’un peut-être pour des raisons moins évidentes que ce que l’on croyait soi-même.

En ce qui me concerne, je ne sais pas encore quels sont ces liens ni ces raisons, même après huit ans de relation, mais aussi obscurs soient-ils, ils font quand même tenir mon couple contre vents et marées.
Une amie m’a demandé récemment ce qui m‘avait attirée chez mon conjoint. J’ai été incapable de lui répondre. Paniquée, en bonne control freak que je suis, je me suis finalement dit que ce n’était peut-être pas une si mauvaise nouvelle. Tant que nous trouvons des solutions à ces fameux passages à vide, quels qu’en soient la durée, tant que nous réussissons à vivre l’un à côté de l’autre, c’est qu’il y a, quelque part, une attirance.
Peut-être moins évidente que dans d’autres histoires, peut-être plus complexe, mais peu importe finalement.

J’aurais aimé que l’on m’apprenne que l’amour, ce n’est pas qu’un sentiment visible, avec des marqueurs façon tests de magazine féminins.

J’aurais aimé entendre des gens me raconter que parfois, l’amour réside justement dans tout ce qui ne se dit pas.

marie lagarde