La femme qui voulait retrouver sa zone de confort

C’est un constat: je suis à côté de la plaque. Depuis quand exactement? Aucune idée.
Ça ne se mesure pas en jours ni en mois, je dirais que c’est plutôt comme une impression, un sentiment diffus, quelque chose qui se terre là, d’insaisissable, mais à la fois de plus en plus palpable. Soyons lucides: je ne suis plus vraiment le mouvement, je ne suis plus vraiment les gens, je prends doucement le parti de m’isoler, je préfère avancer à mon rythme, tranquillement.

Je laisse petit à petit filer le temps de l’instantanéité pour retrouver mes marques, respirer, souffler, me reconnecter à la réalité.
Je n’arrive plus à liker, à partager, à diffuser, à me montrer, à revendiquer. Je n’ai aucune envie de donner mon avis, de polémiquer, de vous dire où je suis, avec qui, ce que je mange et ce dont j’ai envie. Je n’en vois pas l’intérêt, pour être tout à fait honnête. Parfois, je réussis, dans un élan de spontanéité qui me coûte de véritables insomnies, à tenir moi-même au courant mes amis des grands changements de ma vie. Mais je n’ai pas envie de partager la photo où je me trouve belle de l’extérieur, pas besoin de vous montrer le visage de ma fille qui grandit: j’ai soif de me préserver, d’être discrète, je préfère me trouver belle de l’intérieur et m’en féliciter, je préfère regarder ma fille avec attention et continuer à l’aimer à l’abri des regards. Je suis heureuse en ce moment, si vous saviez. Je suis tellement heureuse de réussir enfin à me positionner.

C’est un défi: c’est la grande affaire de ma vie, cette histoire de position(s). Je n’ai pas de centre de gravité, pas d’origine définie, pas de lignes toutes tracées, pas d’histoire familiale qui me permette de me sentir réconfortée. Je me considère seule, sans personne au dessus de moi ni à côté. À l’intérieur de moi c’est le grand froid, le pôle Nord, mes tripes c’est une putain de Sibérie. Je suis une gamine de 6 ans dans un corps blessé de 36 piges. Les bras toujours ballants, je vous trouve toujours plus brillants que moi, qui ne sait jamais comment m’y prendre correctement. Je vous admire, vous écrivez, vous faites des conférences, vous vous vendez, vous photographiez, vous en êtes fier et vous le montrez. Vous avez raison, vous êtes beaux, vous êtes doués, vous allez en soirée, vous virevoltez et faites semblant ou réussissez vraiment à vous intéresser à tous ces gens que vous ne connaissiez pas l’instant d’avant. Vous vous connectez, vous réseautez, vous êtes ultra-connectés. Pas moi, je n’y arrive pas, et je n’y arriverai probablement jamais.
Je n’en ai tout simplement pas les moyens, je ne sais pas comment on fait. Si j’aime j’ai peur de le montrer, je crains toujours de déranger, et si je n’aime pas, si je n’aime plus, j’ai beau essayer de continuer à sourire, j’ai l’impression de me forcer. Je m’en suis longtemps inquiétée: ma trouille ancestrale de déplaire va de pair avec mon désir de rester cloîtrée, de quoi faire fuir n’importe quelle personne normalement constituée. Mais je crois avoir trouvé un équilibre et accepté mon incapacité à vivre dans un monde qui me semble tellement peu adapté à ma façon de penser. Dans ma quête quasi désespérée pour avancer malgré tout et surtout contre mes peurs les plus ancrées, j’ai trouvé un allié de choix pour m’aider à avancer.

C’est une vérité: je ne suis plus seule. Parce que je l’ai décidé, un peu, et parce qu’on m’aura aidée, beaucoup. Quelques uns s’y sont essayé, un seul d’entre eux aura finalement réussi à me convaincre de rester. Tenir en place, moi qui n’ai jamais cessé de m’exiler, m’installer, moi qui n’ai jamais rien acheté de plus que des bouquins, dont la vie tient en une dizaine de cartons et qui ne trimballe que quelques vieilles casseroles bien rouillées. J’ai décidé de me poser. J’ai pris la décision, volontaire, assumée, de me sédentariser. Je rejoins enfin, après des années de voyage, de détours et de retours à la case départ, ma zone de confort. Pendant que la multitude rêve de quitter la sienne pour accomplir de grandes choses, se libérer et se « mettre en danger », je découvre la mienne, après avoir vécu sur le fil pendant des années.  Dans mes rêves les plus fous, ma zone de confort a l’apparence d’une maison, ni trop grande ni trop petite, avec quelques recoins et une porte que je peux refermer sur le silence et ma solitude si besoin.

Elle a l’odeur de l’herbe fraîchement tondue, d’un gâteau qu’on sort du four, du café qui coule et du feu qui crépite dans la cheminée. Elle a la musique des enfants qui descendent en courant les escaliers, des vélos qui reviennent de ballade sur les graviers, des rires des petits qu’on arrose au jet d’eau et des oiseaux du soir qui accompagnent un dîner entre amis. Elle a la douceur du front de ma fille que je viens embrasser, de ses cheveux d’or et de son teint de poupée. Elle a la chaleur de la peau de ce nouveau bébé, de ses yeux qui s’ouvriront un jour d’été et de son sommeil sur lequel je prendrai chaque soir plaisir à veiller.

Ma vie était jusque là faite de recommencements, aujourd’hui, je fais le choix de ne plus tout casser, j’ai trouvé mon port d’attache et je ne compte pas en bouger. J’ai suffisamment repoussé les limites pour en connaître les contours et ma volonté à ne plus les dépasser. C’est ce cocon qui me donnera l’élan pour me ressourcer, loin du tumulte qui, au lieu de me régénérer, me vide de mon énergie et bride ma créativité. Je n’arrive pas à être dans la course au meilleur, au plus rapide, au plus performant, je ne comprends pas les règles de ce jeu-là, je suis faite pour prendre mon temps, celui après lequel je n’ai jamais cessé de courir alors que ce qu’il a à m’offrir est sous mes yeux, dans mes mains ridées de tant d’égarements. Je n’ai plus besoin de tout remettre en question, de me dépasser, d’aller chercher autre chose, ailleurs: je vais apprendre à vivre à partir de ce que je possède, sans chercher à faire toujours mieux, ou différemment. Je vais essayer de faire avec ce que je suis.

Je suis heureuse, si vous saviez.

Les Belles-Mères : Mode d’emploi

Un jour, ma belle-mère m’a offert une brosse à récurer.

Sur le coup je n’ai pas trop su quoi en penser, alors qu’il était évident qu’elle voulait me faire passer un message. À part « VA FAIRE LA VAISSELLE CATIN », je ne voyais pas trop lequel, et puis tout est soudain devenu beaucoup plus limpide: elle me détestait. Moi qui pensais que, de nos jours, les belles-mères modernes étaient dénuées de complexes d’Œdipe et de mise en pli sauvage, moi qui imaginais que l’on pourrait tous vivre ensemble dans un monde où tout ne serait qu’amour, crackers Belin et rosé, laisse-moi te dire que je me suis SACRÉMENT fourré le doigt dans l’œil. Laissant place à la stupéfaction, le doute soudain m’assaillit: si la mienne était comme ça, comment se comportaient les autres? Étaient-elles toutes faites sur le même modèle? Certaines d’entre elles étaient-elles plus atteintes que d’autres? Pouvait-on élaborer un classement, une sorte d’échelle de la Belle-Mère, calquée sur celle de Richter? Pouvait-on les classer selon certains critères bien spécifiques? Faisant fi de la malédiction que la mienne venait de lancer contre moi et mes 5 prochaines générations, jallais donc interroger mes amis les plus chers, leur posant du bout des lèvres cette question cruciale: et toi ta belle-mère, elle est comment? Au terme d’une enquête acharnée de plusieurs semaines je suis heureuse de vous présenter le classement 2013 des belles-mères: 5 catégories, 5 profils, 5 caractères, 5 personnalités (mais toujours la même somme d’emmerdements me dit-on dans l’oreillette).

 

Ma belle-mère est une cougar

Comment la reconnaître?

Elle porte le mini-short mieux que toi et te donne des « petits conseils mode » pour mettre en valeur tes meilleurs atouts. La séduction est pour elle une arme de destruction massive et elle en fait usage auprès de chaque cible de ton entourage qui ressemble peu ou prou à un mec entre 22 et 30 ans, célibataire, ou pas, et aux lèvres charnues. Balançant ses cheveux d’un côté et de l’autre tout en passant son doigt sur ses lèvres elle drague ton meilleur ami qui passait juste récupérer sa perceuse un dimanche après-midi. Il est 16:30 , elle est apprêtée comme pour un bal masqué à Venise et toi comme un bal masqué aussi, mais ambiance Compagnie Créole. Elle lui demandera innocemment si elle peut lui servir quelque chose à boire, posera sa main sur son bras en lui susurrant à l’oreille qu’ils peuvent aussi aller boire un verre ailleurs si ça le tente. Lui, surpris mais charmé, se laissera bien évidemment embarquer sous les regards amusés de l’Homme qui trouve que c’est sympa, ces générations qui se mélangent.

Quelle attitude adopter?

Cacher ses amis mâles de moins de 35 ans paraît une bonne option de départ même si pense à la bonne ambiance que ta belle-mère cougar peut apporter en soirée. Un soupçon de folie, un zeste de subversion et une bonne dose d’inattendu, qui mettront ton sombre appartement au top des lieux branchés de la rentrée. Par contre, ne pas hésiter à mettre le holà dès que tu la croises plus de trois fois au Nüba et qu’elle te demande si tu as des capotes. Poser des limites en douceur, mais fermement. Garder tout de même en tête qu’elle pourra t’être sacrément utile en cas de rupture avec son fils, parce que ce petit blond qu’elle a ramené il y a 6 mois était parfaitement à ton goût, quand tu y repenses.

 

Ma belle-mère est bipolaire

Comment la reconnaître?

La belle-mère bipolaire, c’est un peu comme une marguerite que tu effeuilles: un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Plus du tout. Sur son échelle de valeurs très personnelle tu vas passer de l’adoration à la haine. Compter 6 mois pour une bonne montée en puissance, jusqu’à la crise finale, où elle te tombera dessus comme une tempête de grêlons au mois de mai, c’est à dire au moment où tu t’y attends le moins vu que les grêlons, normalement, c’est en décembre. Et pas en mai. Au début tu es la belle-fille idéale. Comment le sait-elle? Uniquement par comparaison avec celle d’avant, qu’elle déteste puisque elle aussi est rentrée dans le système je t’aime/je te déteste et qu’elle est encore en phase II pendant que tu entres en phase I. Faut suivre, je sais, mais une fois que t’as compris, c’est du gruyère. Juste au moment où tu te dis que vous pourriez devenir copines et faire du tricot ensemble BAM elle retourne sa veste plus vite qu’un éjaculateur précoce et tu te retrouves pendue par les pieds et vouée aux gémonies. Par un subtil effet de vases communicants  il est assez hilarant de constater qu’à ce moment précis où tu atteint la phase II, l’ex belle-fille, elle, est repassée en phase I. ET OUAIS.

Quelle attitude adopter?

Nous ne saurions que trop te conseiller de garder constamment la même attitude, à savoir: never explain, never complain. Si ça marche pour la reine, je vois pas pourquoi ça fonctionnerait pas sur toi. Et puis souviens-toi que le crachin du crapaud et veni vedi vici. En clair, refuse désormais toute invitation qui pourrait t’amener à entrer en contact direct avec elle et les chameaux seront bien gardés. Bon, du coup, désolée de te le dire comme ça, mais tu peux oublier ton abonnement à Phildar Magazine: le tricot, c’est mort. Si vraiment tu étais devenue accro au tricot,  des groupes de parole spécialisés dans ce genre de trauma pourront t’aider à exorciser ta douleur et transcender ce moment douloureux de ta vie. Sois forte.

 

Ma belle-mère est sur Facebook

Comment la reconnaître?

Elle te request deux heures après t’avoir rencontrée et commente chacune de tes photos avant que tu aies eu le temps de la filtrer. Elle chatte avec toi pour te demander si vous venez la voir le week-end prochain, ce serait bien quand même que vous fassiez enfin l’effort de bouger vos fesses de votre appartement de bobos elle est seule et personne ne pense à elle (WARNING: cette situation est potentiellement révélatrice d’un tempérament bipolaire, alors BEWARE). Si tu la filtres, elle s’en rend compte, et te demandes pourquoi tu l’as filtrée. Si tu lui expliques qu’il est judicieux de garder un jardin secret (rapport à tes statuts de retour de soirée hin hin), elle te dit que tu la snobes et que tu as honte d’elle. Et c’est là que le bât blesse: elle continue de t’envoyer des MP pour te dire qu’elle ne comprend pas, que pourtant tu avais eu l’air de bien aimer ses carottes râpées la dernière fois, elle ne te veux pas de mal et toi, toi, petite effrontée, tu te permets de la rejeter? MAIS QUI ES-TU POUR LUI FAIRE ÇA? Tout s’emballe lorsque tu la vois commenter de manière compulsive chacune des photos de ton mec en mettant des petits cœurs partout et une bouffée d’angoisse t’envahit: qui est la femme de qui? ŒDIPE ES-TU LÀ? Il y a une femme de trop, et cette femme, c’est toi.

Quelle attitude adopter?

Ne jamais, jamais, jamais tu m’entends, accepter ta belle-mère sur les réseaux sociaux. Aucune dérogation ne sera acceptée. Si elle met le sujet sur le tapis lors des réunions de famille du genre: « Oh mais de toute façon, ELLE? Elle refuse de m’accepter sur Facebook », reste calme, digne et le dos droit et dis-lui doucement que tu préfères la voir IRL que IVL. Si elle ne comprend pas cette phrase, rajoute que sans elle, ta vie ne serait plus la même, elle t’apporte tant de bonheur que résumer cette relation à un simple lien virtuel te paraît tout bonnement inconcevable. Sourire, tête penchée, emballé c’est pesé. Si tu la sens toujours perplexe, ressers-toi de son gratin dauphinois en demandant la recette, ça l’achèvera.

 

Ma belle-mère est morte

Comment la reconnaître?

Toujours tirée à quatre épingles elle brille par son absence.
HUMOUR.
Un portrait d’elle trône dans l’entrée, posé au milieu des vide-poches et du courrier. Le cadre prend un peu la poussière mais on n’a pas le droit d’y toucher. Parfois, tu surprends ton gentil mari en train de la regarder, l’air perdu, tu passes derrière lui, pose ta tête sur son épaule et tu lui dis: « Elle te manque, je comprends ». Ce à quoi il te répond:  » Hein? Non, je me demandais si j’avais fait le virement pour le deuxième tiers. On mange quoi ce soir? » et il va ouvrir le frigo. C’est dans ces moments-là que tu prends pleinement conscience du gouffre qui sépare les hommes, les femmes et les chenilles.

Quelle attitude adopter?

L’arroser une fois par mois, ça devrait largement suffire.
Placer son prénom dans des conversations tristes une fois tous les 15 jours et dans une conversation gaie du type souvenir d’enfance quand chéri avait fait pipi au lit à 12 ans  au moins une fois par semaine. Un entretien somme toute raisonnable quand on sait la paix royale qu’elle va te laisser. Si tu crois aux revenants, par contre, évite à tout prix de dire du mal d’elle, on en a vu qui se faisaient exorciser pour moins que ça. Méfiance et prudence, toujours.

 

Ma belle-mère est assortie à son canapé

Comment la reconnaître?

Elle choisit ses tenues en fonction de son intérieur. Bouchara a longtemps été son repaire et elle coupe ses robes dans le même tissu que ses rideaux. Question d’économies ou affaire de goût, il en résulte quelque chose de toujours surprenant, comme si un caméléon avait pris possession de son âme pour se réincarner sous les traits d’une femme de 65 ans qui se fond dans son tissu d’ameublement. Le challenge se renouvelle à chaque invitation à déjeuner: c’est au premier qui la trouvera au milieu de ses bibelots. Joueuse, elle prend un malin plaisir à te laisser chercher des heures jusqu’à ce que, n’y tenant plus, elle surgisse d’un recoin, sa veste de tailleur assortie au papier peint. C’est un éternel recommencement, l’effet de surprise fait à chaque fois mouche et les réunions de famille sont souvent ponctuées de parties de cache-cache au cours desquelles personne n’est à l’abri de se retrouver affublé d’un abat-jour à fleurs en guise de couvre-chef.

Quelle attitude adopter?

Jouer le jeu. Se fondre dans le décor pour ne pas faire de vagues mais sans perdre son identité: proposer des soirées à thème relooking extrême pour assortir la déco de SON appartement à TA garde-robe, après tout il n’y a pas de raison qu’elle ne fasse pas un effort. Lancer des folles propositions, l’amener subtilement mais fermement à adopter un look uni et sobre, limite Margiela, et la convaincre que ces grosses fleurs, là, sur ses embrases, c’est très chic, mais sur sa veste, c’est juste moche. Tact, délicatesse et force de conviction deviendront les mamelles de la négociation.

À l’heure où nous vous écrivons, et après avoir recroisé certains témoignages, il paraîtrait qu’une toute nouvelle espèce de belles-mères sévirait actuellement. Si vous en croisez une, soyez prudentes: ces spécimen locaux se reproduisent très rapidement et ont ceci de particulier qu’elles appartiennent aux 5 catégories. Une cellule d’aide psychologique a été mise en place en cas de besoin. Nos équipes sont là pour vous soutenir et vous conseiller au numéro suivant: SOS BELLE-MAMAN 0800 123 456.
Et toi ta belle-mère, elle est comment?