Mères de famille au bout du rouleau: comment éviter le burn-out

Je ne me suis pas raconté d’histoires, à aucun moment.

Faire des enfants, les élever, c’est pas tous les jours la panacée.
Je me demande chaque jour pourquoi j’ai décidé de remettre le couvert, d’ailleurs. Ma liberté était tellement plus sexy.

Mais du jour où j’ai décidé d’en faire et d’inclure cette donnée comme une partie non négligeable de ma vie, j’ai su exactement ce qui m’attendait.

Oui, quand on a des enfants, on dort moins, on se réveille au moindre bruit, on décroche le téléphone à la première sonnerie, on pense à eux beaucoup, on dépense différemment, on s’organise autrement, on a une autre liberté, les lignes bougent, notre corps change, le couple aussi.

Oui, quand on a des enfants, c’est difficile, ils râlent, ils pleurent, ils chouinent, ils se plaignent, ils traînent des pieds, ils ne comprennent rien, ils bouffent tout et vomissent partout, ils ne veulent rien faire, ils veulent tout faire, ils se cassent la gueule dans les escaliers et ne vont jamais assez vite, marche plus vite on n’a pas le temps de traîner.

Oui, quand on a des enfants, la vie change. On sort moins, on sort autrement, on s’organise, on planifie, on doit se lever tous les matins et oublier les grasses matinées, on est moins souvent à deux dans le lit le dimanche, on y retrouve des miettes et des doudous et on a encore marché sur le puzzle de 500 pièces que personne n’a encore une fois pensé à ranger.

Oui, quand on a des enfants, on baise moins dans tous les coins, on baise autrement, on gère comme on peut, au coup par coup, on a des hémorroïdes après l’accouchement et les seins qui tombent un peu plus qu’avant, on se fout des crèmes anti-cernes pour faire croire que le bébé fait enfin ses nuits et qu’on a réussi à terminer cette levrette sans qu’un gamin déboule en hurlant qu’il a faim.

Oui, quand on a des enfants, on court partout, de la maison à la crèche, du boulot à la réunion de parents d’élèves, du médecin aux urgences du dimanche soir, du cours de danse de l’aînée au karaté du petit, des anniversaires à répétition aux goûters du mercredi, des cafés avec les autres parents à la réu de 10h qu’on ne peut pas louper, du métro au bus en montant quatre à quatre les escaliers.

Oui, quand on a des enfants, les rôles changent, on devient parents en plus de tout le reste, amoureux, partenaires, potes, cadres, entrepreneur et amants, on doit s’occuper du bain, des devoirs, des cahiers à signer et des dessins à encadrer, on doit prévoir la bouteille du lait de demain et les chocos à emporter, faire un minimum de courses et lancer des machines avant d’être débordés, passer un coup d’éponge vite fait sur les portes collantes et arracher les vieux Malabar planqués.

Mais on le savait, non?

C’est top, les gamins, hein, mais faut bien avouer que ça te bouffe ta vie et qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer et qu’un seul baiser mouillé te fait oublier le pire de ta journée. Magique.

Et pourtant.

Je lis des mères au bord du burn-out. Des mamans qui se sacrifient pour leurs mômes, qui ne finissent jamais leur assiette, qui n’ont jamais le temps de se poser, qui font tout, gèrent tout, contrôlent tout, et laissent leur horde de gosses affamés terminer le plat qu’elles auraient bien bouffé, elle, parce que y a pas que les petits qui sont en pleine croissance.

Je lis des mères au bord de la crise de nerfs. Des femmes pourtant pas seules, des mères avec quelqu’un qui partage leur pieu et leur appartement au quotidien. Un quelqu’un adulte et responsable qui est aussi capable qu’elles d’organiser, gueuler, ranger, planifier, trancher, accompagner, prendre le relais, faire le job de parent, en résumé.

Je lis des mères qui culpabilisent de culpabiliser. Des nanas qui ont vraisemblablement cru que les journalistes des magazines féminins racontaient la vérité ou parlaient de la vie au premier degré et qu’elles réussissaient l’exploit de tout faire toutes seules pendant que leur mec les regardait.

Je lis des mères qui auraient honte de ne pas réussir à tout faire en une journée. Des filles qui pensent vraiment que quelqu’un va venir leur taper sur l’épaule pour leur dire qu’elles sont nulles et en dessous de tout et qui croient qu’elles doivent réellement réussir leur vie comme si elles passaient un entretien d’embauche alors qu’en fait, tout le monde s’en tape.

Je ne comprends pas.
Personne n’a jamais demandé aux mères d’être parfaites.
Personne n’a jamais dit qu’on devait laisser la dernière part de gâteau au petit dernier.
Personne n’a jamais obligé une mère à se laisser marcher complètement sur les pieds.
Personne n’a jamais sous-entendu qu’on devait se donner entièrement à ses enfants.
Personne n’a jamais dit que c’était honteux de dire tout haut ce que tout le monde sait, au fond.
Vous voulez éviter le burn-out? Détendez-vous, tout le monde vous dira merci.

S’il reste une part du gâteau que j’ai préparé avec amour et que moi aussi une fois terminé, j’ai encore faim, ON PARTAGE.
Quand tout le monde a fini de manger, les gamins DÉBARRASSENT LA TABLE.
Quand je n’ai pas envie de laver le linge et que mon mec cherche sa chemise, IL FAIT UNE MACHINE.
Quand j’oublie de prévoir des bons petits légumes avec du steak haché, ON MANGE DES FRITES.
Quand j’ai envie de glander au pieu tout le dimanche pendant que les mômes sont dans la pièce à côté, ILS FONT DES PUZZLES OU MATENT UN DVD.
Quand j’ai compris qu’après un accouchement on baisait deux fois moins qu’avant, JE L’AI DIT À MES POTES.
Quand mes enfants dépassent largement les bornes et que ma patience atteint ses limites, JE LES COLLE AU COIN.

Je fais bien la différence: vivre ma vie de femme avec des enfants c’est un choix, pas un sacrifice.
Ça passe par du lâcher-prise et par un partenariat quotidien avec mon ex et avec mon fiancé: je ne leur ai jamais laissé penser que je savais tout mieux qu’eux, que j’étais la seule habilitée à tout comprendre, tout gérer, tout régenter, tout organiser.
Ils font ça bien mieux que moi, souvent.

Et puis je n’ai pas que ça à foutre, de m’occuper de tout.

Parfois aussi j’ai envie de ne rien faire ou de faire autre chose, ce qui me laisse tout le loisir d’apprécier les choix que j’ai décidé de faire comme une grande fille, et de ne surtout pas culpabiliser ou me sentir entravée parce que, en plus des courses au Monop’, des ventes privées, des PowerPoint et des dîners arrosés, je fais aussi des bébés.

 

Avec ma gueule d’éreintée

J’ai beau tourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas d’autre solution que de faire face, dignement. J’ai eu beau en rire, en pleurer et aller deux fois chez le coiffeur en trois jours pour dégrader, ajuster, rafraîchir et finalement tout couper, je crois qu’il est temps d’assumer et d’affronter, comme toute grande fille qui se respecte, la réalité.

Je m’ennuie.
Je suis en crise.
J’ai le moral en berne et la peau terne.

J’ai des cernes qui ne partent pas malgré des sérums à 10.000 balles et des masques aux hortensias, mes jambes sont lourdes et j’ai de la corne aux pieds.
L’œil triste et les mâchoires serrées, c’est pas du noir que je broie, c’est du charbon carbonisé.

C’est la crise de la trente-cinquaine et si tu cherches dans le dico tu ne trouveras pas je l’invente, parce que j’ai 35 ans et que ça ne va pas.

« Mais attends ! Tu ne peux pas dire ça, tu as un fiancé MERVEILLEUX, un enfant MERVEILLEUX , un appartement aux Buttes-Chaumont MERVEILLEUX, un ex-mari MERVEILLEUX , des amis MERVEILLEUX et ta couleur de cheveux, ma fille, c’est tout simplement MERVEILLEUX. »

Je t’emmerde.

Mon fiancé a pris du poids et perd ses cheveux, ma fille ne jure que par les Monsters High et les jupons en tulle, mon appartement est bruyant, sombre et trop petit, mon ex-mari absent, mes amis trop jeunes ou trop vieux et je rêve de devenir brune pour changer de mon blond de bébé.

Je m’emmerde.

Paris me fatigue et tes soucis aussi.
Ma belle-famille m’angoisse et ma mère aussi.
Ma fille me regarde de travers et je vais finir seule, en maison de retraite sans une thune et rabougrie. Chaque matin j’hésite à prendre la tangente, en vélo c’est facile de tourner à droite ou à gauche, prendre la petite ruelle là, qui me fait de l’œil, et me tirer.

Je rêve de ne plus être joignable de la journée, de m’en foutre et de monter dans un train direction Marseille, Biarritz ou Le Touquet. J’irais me commander des crevettes que je mangerais en tartine sur du pain beurré, je me ferais un petit verre de vin blanc et là, avec ma gueule en front de mer, je déciderais de ne plus rentrer. D’ailleurs je me demande combien ça coûte, un studio au Cap Ferret ? Je pourrais me faire embaucher au bistrot du coin, entre servir des cafés ou des présentations Power Point, franchement j’ai tout à y gagner.

Je terminerais ma journée les doigts de pied en éventail, je me dirais que la vie est belle et qu’ils aillent tous se faire enculer, les patrons, les ex, les fachos et les mythos, que moi là toute seule face à la mer je suis riche de la vie de la mer et du soleil, et dans un élan de liberté je sauterais par-dessus mon balcon pour courir vers les vagues, l’écume lécherait mon gros orteil et je mettrais ma main en visière, je regarderais au loin, j’écouterais le bruit du ressac et les cris des mouettes, et la vie serait alors tellement MERVEILLEUSE.

Je rentrerais chez moi par le chemin côtier et en arrivant dans mon bungalow, ça sentirait carrément le cramé : j’aurais laissé mon poulet frire dans le four à 240 degrés, et comme mon mec n’est pas là il n’aurait pas pu me dire : « Attention mon amour ton poulet va brûler », et je me retrouverais là comme une quiche à me demander ce que je vais manger. Personne ne me proposerait d’aller vite fait acheter un petit jambon-pâté-tarama pour se faire un pique-nique sur le pouce, je devrais ressortir et aller au café du coin manger des frites trop grasses avec tous les autres esseulés.

Une fois ma bière terminée, je repartirais chez moi, et en rentrant je m’apercevrais que la douche ne fonctionne pas. J’essaierai de bidouiller un truc mais comme je n’aurais aucun outil parce que mon mec n’est pas là et que je ne fais pas la différence entre une clé de douze et une dévisseuse, j’irais toquer chez mon voisin qui m’enverrait bouler, parce que  les gonzesses va falloir à un moment donné qu’elles se démerdent toutes seules au lieu de nous faire tous chier.

Bon.

À ce moment-là, je me dirais que la meilleure idée que je pourrais avoir à ce stade serait d’aller me coucher, et une fois dans mon lit, après m’être brossé les dents seule et n’avoir brossé les cheveux de personne pour les démêler, sans histoire à lire ni conte de fées, je me glisserais sous la couette, j’éteindrais la lumière et j’attendrais.

J’attendrais.
J’attendrais.

Je rallumerais la lumière et j’écouterais.

Quoi ?

Je ne sais pas.

Le bruit du silence ou de l’océan ?
Le bruit des draps propres ou du vent ?
Le bruit des pas qui ne viennent plus à moi, seule dans cet appartement ?

Les pas de mon amoureux. Les regards de mon enfant.

Ma gueule d’enfarinée aimerait qu’ils soient là, à chaque instant.

L’odeur du cou de ma fille, son parfum de lait et de vanille.
L’odeur du torse de mon homme, sa sueur et son parfum.

Les bras de mon aimé, les rires de mon adorée.
Les seuls qui supportent, contre vents et marées, ma grande gueule d’éreintée.