La vie est belle

La vie est belle, elle l’a écrit au stylo plume hier soir, au moment de tester les fournitures de la rentrée. La vie est belle, a écrit ma grande fille, en posant sur un bout de papier les premiers mots qui lui venaient.

Il y a quelques ratures, celles faites avant que l’encre ne descende sur la plume et qu’elle referme le bouchon, rassurée de voir que tout fonctionnait correctement. Je suis sortie de chez nous en souriant,  heureuse de savoir que dans la – déjà – course du quotidien, elle s’était endormie hier soir avec cette phrase dans la tête, soulagée de voir qu’elle est toujours animée de l’espoir tenace que la vie n’est pas aussi moche qu’on le dit. Parce qu’elle sait bien, du haut de ses 9 ans, combien la vie peut prendre de drôles de détours et de chemins boueux, parce qu’on ne lui épargne pas la réalité parfois triste et glauque de la vie des plus grands, parce que la vie est faite de tout ça, de nos très hauts et des nos quelques très bas.

Devant la porte de l’école elle me serrait la main, fort, un peu stressée et moi n’en menant pas large, alors j’ai fait des blagues un peu nulles, des blagues de maman jeune-mais-vieille à côté de la plaque, de celles qui m’auraient collé la honte si ma mère avait fait pareil mais on boxe pas dans la même catégorie elle et moi, alors je ne peux pas vraiment comparer, moi je suis vraiment drôle. Elle a repéré ses copines et elle a lâché ma main pour les rejoindre. C’est passé vite, la dirlo a appelé sa classe et en une seconde, elle a disparu dans la cohue. Elle était déjà partie, sans se retourner. J’y serais bien allé avec elle, juste pour voir.

Je suis restée sur le trottoir, un peu seule bien sûr, forcément désemparée, mais c’est pour ça qu’on élève les enfants après tout, pour leur apprendre à nous quitter. Mais personne ne nous apprend, à nous, à les laisser s’en aller. J’avais le cœur cassé depuis quelques jours, la faute aux choses de la vie et aux cons au teint gris,  et puis j’ai relu ses mots, j’ai ressenti  l’impulsion qu’elle avait eu de l’écrire, de l’inscrire, et j’ai pensé que c’était peut-être la meilleure façon de me dire que tout allait bien, que je n’avais pas à m’inquiéter, qu’au milieu de tout ce merdier, il restait tout de même quelques bonnes raisons de sourire. L’amour immense qui nous unit, la barbe hirsute de son père, les rigolades de son beau-père, les rires de son petit frère, les blagues de ses deux demi-frères. Nous lui offrons, avec notre famille à mille facettes, le reflet de la vie comme on la vit et comme on l’aime, un refuge, un cocon contre tout ce bordel, un endroit à part qui n’appartient qu’à nous où on a décidé de se marrer quoi qu’il arrive. N’en déplaise aux mous du cerveau, jaloux de notre ultra liberté.

J’ai embrassé mon tout-petit dernier, serré contre moi mon mec mon mari mon allié, je suis repartie dans le métro le RER les rues de Paris, bonjour l’open space, les bilans, les benchmarks et les opés, l’angoisse, l’ennui, et de plus en plus la très grande envie de repartir en sens inverse. Je n’en suis pas loin, il suffit d’un petit coup de pouce, le déclic viendra peut-être de ce petit mot tracé une veille de 1er septembre, par ma gamine en pyjama pieds nus sur le carrelage de l’entrée, essayant les stylos de sa trousse et choisissant au hasard la première phrase qui lui vient à l’esprit.

C’est peut-être sa façon de me dire que tant qu’on le décide et qu’on y croit, la vie est vraiment belle, et que malgré tout, elle le restera.

 

 

 

Le syndrome de la page blanche (ou comment j’ai galéré pour écrire un article)

Ma vie n’est pas que paillettes et cocktails mondains mes amis. Si vous croyez que l’inspiration divine me vient à chaque fois que je décide de vous écrire, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil et pas que jusqu’à l’os. On me demande: « Mais pourquoi tu n’écris pas plus souvent? » Ce à quoi je réponds: « Souvent, la muse de l’inspiration préfère voguer vers d’autres rivages, moins exigeants et moins tortueux. Ou alors elle est tout simplement en train de boire des coups avec des blogueuses mode et là, je ne peux pas lutter. Ou sinon, je suis peut-être en train de gagner ma vie bêtement dans une entreprise normale au lieu d’écrire le livre qui révolutionnera le monde de l’édition. » Bref.
Cela m’amène sans aucune transition logique ni enchaînement cohérent, à vous exposer ici les raisons les plus évidentes  qui m’empêchent d’écrire plus souvent.

 

je traîne sur facebook

Je me lève chaque matin pleine de bonnes intentions, en tout cas avec au moins une, celle de poser mes fesses devant mon ordi et d’écrire un article de bon sens, qui vous fasse rire ou pleurer ou même les deux à la fois, dans les grands jours. Ma tasse de thé et moi-même nous dirigeons d’un pas assuré vers ma machine de guerre, des sujets à foison dans le cerveau et l’oeil aiguisé de celle qui sait comment vous émouvoir et vous parler. Et chaque matin, allez savoir pourquoi, la première fenêtre qui s’ouvre sur mon écran c’est celle de Facebook. Bizarre comme ensuite je me laisse embarquer par le fil d’actualités, les vidéos de petits chats et les statuts hilarants de mes amis.

 

EDF passe relever LE compteur

Et je ne sais pas où est ce foutu compteur dans cette nouvelle maison. J’ai un bébé dans une main, une couche dans l’autre, un biberon entre les deux et le type se pointe dans une heure. J’ai donc 60 minutes  pour localiser ce truc avant que le gentil monsieur ne se pointe et ne squatte chez moi en me regardant d’un air désolé pendant que je cherche désespérément la localisation du compteur. Parce que les types d’EDF me regardent toujours avec un air désolé quand je leur demande pourquoi eux ne savent pas – alors que c’est leur métier et pas le mien – où est le compteur, parce que j’imagine aisément qu’on ne met pas les compteurs n’importe où et qu’un spécialiste est censé connaître tous les coins possibles dans lesquels on peut installer ce truc.

 

Je re-traîne sur facebook

Comme je ne trouve pas le compteur je cherche sur Internet « où se trouve le compteur EDF dans une maison » et le temps que je fasse le tri dans toutes les réponses des forums de fous d’électricité ou de meufs demeurées, mon oeil est attiré par une notification Facebook: 80 likes sur mon dernier post, je vais voir, je dois voir qui a liké et commenté. Forcément, je dois répondre à certains commentaires sous peine de perdre le fil de la conversation et pour alimenter ce micro-buzz personnel, et je me retrouve à aller sur le profil de Martine pour voir ce qu’elle a posté et liké en retour pour lui montrer que moi aussi j’aime son humour décalé. Nous voilà parties dans une discussion sans fin au cours de laquelle je vais lui répéter au moins une dizaine de fois que là je la laisse parce que je dois vraiment m’y coller.

 

j’ai une machine à mettre en route

C’est à ce moment précis que je me souviens que je dois faire une lessive sinon les mioches n’auront encore plus rien à se mettre demain. Je pose le bébé, je monte au premier, je prends le panier, je redescends au rez-de chaussée, je checke le bébé, je fonce à la cave, direction la buanderie (on reparlera de la buanderie, vous verrez le bonheur que c’est d’avoir un espace rien que pour la machine à laver – si, si, je vous jure) et hop. Je dois faire le tri sinon tout vire au gris: blanc, couleurs, fragile, laine, super passionnant ma vie. J’en profite pour récupérer le linge qui a séché hier et le remonter dans les chambres pour que toute cette petite famille trouve de jolies affaires pliées qui sentent bon la lessive tout à l’heure en rentrant.

 

À ce stade de la conversation, je crois devoir vous préciser, pour éviter tout malentendu, qu’hier encore j’étais la reine du clubbing, à danser bras en l’air sur talons de 12 dans des boîtes de nuit ultra branchées. N’allez surtout pas vous imaginer que je profite d’un éventuel congé maternité pour ne plus m’occuper que des tâches ménagères, au lieu d’employer mon temps à parcourir expositions et vernissages. Sérieusement.

 

j’ai vu passer une vidéo de chat sur facebook

Je disais donc: faire le linge m’a fait penser à une histoire de détachant bio dont m’avait parlé une vieille copine, que je contacte donc sur Facebook, et en me connectant, là, sous mes yeux, apparaît comme par magie une adorable vidéo de petit chat tout mignon tout doux. Je n’ai pas le choix, je clique, je like, je partage, je commente, je regarde une autre vidé de chaton, je ris, je repartage, on commente, on like, quelqu’un a trouvé une autre vidéo encore plus mignonne mais avec des chiots, hop c’est reparti, j’aimerais bien avoir un chiot, ou plutôt un chaton, ou les deux, je regarde sur le site de la SPA comment faire pour adopter un petit chat, je retourne sur Facebook, je poste le lien de la SPA, tout le monde aime, tout s’emballe et soudain, quelqu’un poste une vidéo de bébé pingouin.

 

ma fille doit me réciter sa poésie

C’est à ce moment que ma fille arrive avec son cahier de poésie et me demande pourquoi je regarde une vidéo de pingouin. Pour rien ma chérie, oui vas-y, récite-moi ta poésie. Son maître ayant une vision assez pointue de la discipline poétique, il nous a dégoté une vieille fable de La Fontaine de derrière les fagots que personne ne connaît, pleine de mots écrits en vieux français de surcroît. Va savoir pourquoi il n’a pas choisi, comme tout le monde, le Corbeau et le Renard, on se trouve donc obligées ma fille et moi de rechercher sur le web la version originale parce que 1- on n’a pas l’intégrale de Jeannot dans la biblio et 2- cette fable ne me dit vraiment absolument rien. On traîne, on cherche, on ne trouve pas, on est à deux doigts de se regarder un replay de Danse avec les Stars, on se ressaisit, je décide de demander conseil à mes amis.

 

je cherche un truc sur facebook

On est donc tout naturellement allées sur Facebook pour demander si quelqu’un connaissait le texte exact et tout s’est enchaîné, on s’est retrouvées à mater des vidéos de corbeau avec du fromage dans le bec et de chatons qui miaulaient pour avoir du brie. Bref, rien à voir avec la choucroute mais ma fille m’a demandé à quoi servait vraiment Facebook et si j’avais un peu avancé dans le livre que je lui avais promis d’écrire depuis environ 3 ans bien tassés. Je lui ai répondu que je n’avais pas que ça à faire, que ça demandait du temps et de la concentration et que si elle notait mieux ses devoirs en classe on n’en serait pas là et qu’à cette heure-ci j’aurais certainement rédigé trois chapitres et 10 articles au lieu de demander à tout le monde s’ils connaissaient la fable du raisin moisi.

 

Voilà pourquoi je n’y arrive pas. Notez que ce n’est pas de la mauvaise volonté.
La preuve, demain, après avoir passé l’aspi, sérieusement, je m’y mets.