Le syndrome de la page blanche (ou comment j’ai galéré pour écrire un article)

Ma vie n’est pas que paillettes et cocktails mondains mes amis. Si vous croyez que l’inspiration divine me vient à chaque fois que je décide de vous écrire, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil et pas que jusqu’à l’os. On me demande: « Mais pourquoi tu n’écris pas plus souvent? » Ce à quoi je réponds: « Souvent, la muse de l’inspiration préfère voguer vers d’autres rivages, moins exigeants et moins tortueux. Ou alors elle est tout simplement en train de boire des coups avec des blogueuses mode et là, je ne peux pas lutter. Ou sinon, je suis peut-être en train de gagner ma vie bêtement dans une entreprise normale au lieu d’écrire le livre qui révolutionnera le monde de l’édition. » Bref.
Cela m’amène sans aucune transition logique ni enchaînement cohérent, à vous exposer ici les raisons les plus évidentes  qui m’empêchent d’écrire plus souvent.

 

je traîne sur facebook

Je me lève chaque matin pleine de bonnes intentions, en tout cas avec au moins une, celle de poser mes fesses devant mon ordi et d’écrire un article de bon sens, qui vous fasse rire ou pleurer ou même les deux à la fois, dans les grands jours. Ma tasse de thé et moi-même nous dirigeons d’un pas assuré vers ma machine de guerre, des sujets à foison dans le cerveau et l’oeil aiguisé de celle qui sait comment vous émouvoir et vous parler. Et chaque matin, allez savoir pourquoi, la première fenêtre qui s’ouvre sur mon écran c’est celle de Facebook. Bizarre comme ensuite je me laisse embarquer par le fil d’actualités, les vidéos de petits chats et les statuts hilarants de mes amis.

 

EDF passe relever LE compteur

Et je ne sais pas où est ce foutu compteur dans cette nouvelle maison. J’ai un bébé dans une main, une couche dans l’autre, un biberon entre les deux et le type se pointe dans une heure. J’ai donc 60 minutes  pour localiser ce truc avant que le gentil monsieur ne se pointe et ne squatte chez moi en me regardant d’un air désolé pendant que je cherche désespérément la localisation du compteur. Parce que les types d’EDF me regardent toujours avec un air désolé quand je leur demande pourquoi eux ne savent pas – alors que c’est leur métier et pas le mien – où est le compteur, parce que j’imagine aisément qu’on ne met pas les compteurs n’importe où et qu’un spécialiste est censé connaître tous les coins possibles dans lesquels on peut installer ce truc.

 

Je re-traîne sur facebook

Comme je ne trouve pas le compteur je cherche sur Internet « où se trouve le compteur EDF dans une maison » et le temps que je fasse le tri dans toutes les réponses des forums de fous d’électricité ou de meufs demeurées, mon oeil est attiré par une notification Facebook: 80 likes sur mon dernier post, je vais voir, je dois voir qui a liké et commenté. Forcément, je dois répondre à certains commentaires sous peine de perdre le fil de la conversation et pour alimenter ce micro-buzz personnel, et je me retrouve à aller sur le profil de Martine pour voir ce qu’elle a posté et liké en retour pour lui montrer que moi aussi j’aime son humour décalé. Nous voilà parties dans une discussion sans fin au cours de laquelle je vais lui répéter au moins une dizaine de fois que là je la laisse parce que je dois vraiment m’y coller.

 

j’ai une machine à mettre en route

C’est à ce moment précis que je me souviens que je dois faire une lessive sinon les mioches n’auront encore plus rien à se mettre demain. Je pose le bébé, je monte au premier, je prends le panier, je redescends au rez-de chaussée, je checke le bébé, je fonce à la cave, direction la buanderie (on reparlera de la buanderie, vous verrez le bonheur que c’est d’avoir un espace rien que pour la machine à laver – si, si, je vous jure) et hop. Je dois faire le tri sinon tout vire au gris: blanc, couleurs, fragile, laine, super passionnant ma vie. J’en profite pour récupérer le linge qui a séché hier et le remonter dans les chambres pour que toute cette petite famille trouve de jolies affaires pliées qui sentent bon la lessive tout à l’heure en rentrant.

 

À ce stade de la conversation, je crois devoir vous préciser, pour éviter tout malentendu, qu’hier encore j’étais la reine du clubbing, à danser bras en l’air sur talons de 12 dans des boîtes de nuit ultra branchées. N’allez surtout pas vous imaginer que je profite d’un éventuel congé maternité pour ne plus m’occuper que des tâches ménagères, au lieu d’employer mon temps à parcourir expositions et vernissages. Sérieusement.

 

j’ai vu passer une vidéo de chat sur facebook

Je disais donc: faire le linge m’a fait penser à une histoire de détachant bio dont m’avait parlé une vieille copine, que je contacte donc sur Facebook, et en me connectant, là, sous mes yeux, apparaît comme par magie une adorable vidéo de petit chat tout mignon tout doux. Je n’ai pas le choix, je clique, je like, je partage, je commente, je regarde une autre vidé de chaton, je ris, je repartage, on commente, on like, quelqu’un a trouvé une autre vidéo encore plus mignonne mais avec des chiots, hop c’est reparti, j’aimerais bien avoir un chiot, ou plutôt un chaton, ou les deux, je regarde sur le site de la SPA comment faire pour adopter un petit chat, je retourne sur Facebook, je poste le lien de la SPA, tout le monde aime, tout s’emballe et soudain, quelqu’un poste une vidéo de bébé pingouin.

 

ma fille doit me réciter sa poésie

C’est à ce moment que ma fille arrive avec son cahier de poésie et me demande pourquoi je regarde une vidéo de pingouin. Pour rien ma chérie, oui vas-y, récite-moi ta poésie. Son maître ayant une vision assez pointue de la discipline poétique, il nous a dégoté une vieille fable de La Fontaine de derrière les fagots que personne ne connaît, pleine de mots écrits en vieux français de surcroît. Va savoir pourquoi il n’a pas choisi, comme tout le monde, le Corbeau et le Renard, on se trouve donc obligées ma fille et moi de rechercher sur le web la version originale parce que 1- on n’a pas l’intégrale de Jeannot dans la biblio et 2- cette fable ne me dit vraiment absolument rien. On traîne, on cherche, on ne trouve pas, on est à deux doigts de se regarder un replay de Danse avec les Stars, on se ressaisit, je décide de demander conseil à mes amis.

 

je cherche un truc sur facebook

On est donc tout naturellement allées sur Facebook pour demander si quelqu’un connaissait le texte exact et tout s’est enchaîné, on s’est retrouvées à mater des vidéos de corbeau avec du fromage dans le bec et de chatons qui miaulaient pour avoir du brie. Bref, rien à voir avec la choucroute mais ma fille m’a demandé à quoi servait vraiment Facebook et si j’avais un peu avancé dans le livre que je lui avais promis d’écrire depuis environ 3 ans bien tassés. Je lui ai répondu que je n’avais pas que ça à faire, que ça demandait du temps et de la concentration et que si elle notait mieux ses devoirs en classe on n’en serait pas là et qu’à cette heure-ci j’aurais certainement rédigé trois chapitres et 10 articles au lieu de demander à tout le monde s’ils connaissaient la fable du raisin moisi.

 

Voilà pourquoi je n’y arrive pas. Notez que ce n’est pas de la mauvaise volonté.
La preuve, demain, après avoir passé l’aspi, sérieusement, je m’y mets.

 

 

Amstragram pic et pic et Instagram

Dire qu’avant la création d’Instagram on moisissait dans son coin sans connaître 1% de la vraie vie des gens, leur (guillemets) intimité, leur (guillemets) jardin secret, tout ce qu’ils cachaient et qu’on n’avait surtout pas envie de connaître. Aujourd’hui, miracle de la technologie et de l’avancée de l’humanité, on connaît tout, tout, tout sur leur zizi. Avoue, toi aussi tu aimes mettre en scène ta vie fascinante alors qu’en fait tu galères grave comme tout le monde – enfin j’espère que tu galères autant que moi sinon j’ai plus qu’à aller me flageller  dans mon coin.  Les petits-déjeuners y sont toujours équilibrés. Les appartements toujours bien rangés. Les enfants toujours bien sapés.  Les couchers de soleil toujours bien orangés.
Instagram est un monde parfait et je te le prouve en 6 profils parfaits.

 

Les accros du muesli

Leur petit-déjeuner est invariablement constitué des mêmes ingrédients: yaourt au soja, muesli, pomme, grenade, poire, fraise, n’importe quel fruit de saison qu’elles accommodent à toutes les sauces. Le dimanche, jour de fête, elles bouffent du granola, et là je dis stop à l’arnaque parce que dans mon monde, le granola ressemble à un gâteau rond nappé de chocolat qui se mange par groupe de 8 minimum et pas à de l’avoine pour poneys. Mais si le régime cheval est le nouveau Dunkan, alors pourquoi pas, ça fera plus de dessert à la cantoche pour les autres. Pendant que ces filles parfaites bombardent Internet à coups de #goodfood #health #pornfood, tu culpabilises devant tes tartines de miel ou de Nutella et tu te sens carrément sale. D’ailleurs tu es sale, sans volonté, et sur ta tronche y a écrit FAIL.

 

Les illuminées du yoga

On part sur une ambiance de #namaste #yogaeveryday #om #inspiration et plein d’autres mots comme #chienassis. Ou debout, je sais plus. Leurs tofs c’est pire que le kama-sutra. On distingue même plus la tête des pieds. On imagine le dialogue sans peine, moi et mon mauvais esprit: « -Dis-donc, tu voudrais pas faire une photo de moi pendant que j’ouvre mes chakras comme ça je vais leur en mettre plein la vue à toutes ces morues? »  (Ces assistants photo sont-ils rémunérés? Qui sont-ils? D’où viennent-ils?) Ce sont d’ailleurs les mêmes qui partent se ressourcer à Bali pour déconnecter de toutes ces méchantes ondes wifi et qui continuent à partager chaque étape de leur rituel de purification. Hey meuf, t’as pas compris quoi dans: « retraite au bout du monde pour déconnecter »?

 

Les tarées de voyages

Va savoir comment elles se démerdent, ces nanas sont tout le temps en voyage et si tu en doutais encore,  oui je suis jalouse. Elles sèment du #passionpassport en veux-tu en voilà, quand ce n’est pas du #wanderlust ou du #greatesttravels. Et vas-y que je pars au Vietnam, en Inde et en Italie dans la foulée, que je termine le mois sur une plage des Maldives, que je redécolle pour New York en m’extasiant sur le wifi en avion et que je poste des photos de coucher/lever de soleil à chaque putain de vol. Leur bio mentionne  TOUJOURS qu’elles bossent dans la communication et les RP. Là, je t’avoue que j’ai du mal à voir le rapport mais comme je vis à la campagne avec mon chien et que je suis née avant ces conneries de réseaux sociaux ça me semble assez normal que je ne comprenne pas.

 

les mordues de paris

Adieu touristes, SDF et pollution, ici c’est Paris où tout sent bon, tout est trop mignon et les gens toujours souriants. On baigne dans le #parisjetaime saupoudré de #parisisalwaysagoodidea qui est très long à écrire avec un seul doigt quand même, on nage dans 50 nuances de Tour Eiffel, on redécouvre le pont de Bir Hakeim alors que ça reste un pont avec une rame de métro dessus et on s’extasie sur des toits en zinc alors qu’on vit en chambre de bonne. S’il s’agit d’une ville parallèle créée de toute pièces par un jeune réalisateur branché, qu’on me le dise, parce que le Paname que je connais il ressemble à tout sauf à ça. Où sont les merdes de chien, les caniveaux qui débordent, les pigeons qui puent, les vieux dans le bus aux heures de pointe? Et où diable a-t-on caché les PARISIENS?

 

les dingues de leurs mômes

Deux camps s’affrontent dans une guerre sans merci à base de #cutie, #instababy #momlife #proudmummy: à ma gauche, la rive droite et ses mioches lookés Bonton, et à ma droite, la rive gauche et ses mouflets tapissés en Ralph Lauren. Laissons de côté  le fait que je suive des gonzesses qui font leurs courses chez Ralph Lauren parce que moi-même j’avoue que je suis un peu perdue et que je sais pas comment j’ai pu en arriver là, et prions. Prions pour que ces pauvres enfants transformés en mannequins contre leur gré ne deviennent pas moches au moment de la puberté pour éviter des drames familiaux à foison. Prions également pour qu’ils ne grandissent pas en pensant que Maje est le nom d’une divinité hindoue. Faudra pas non plus venir se plaindre s’ils réclament la création d’une filière blogueur mode en entrant au lycée.

 

les fondues de déco

Va falloir m’expliquer ce truc: #ihavethisthingwithfloors. Des pompes (coucou les Stan Smith) shootées d’en haut pour placer un petit #fromwhereistand, avec vue sur le sol – parquet, carrelage, jonc de mer…  whatever du moment que c’est graphiquement conçu comme une scénographie au 404. Bon sinon chez elles c’est toujours bien rangé et ça a même l’air de sentir bon. Pas de traces de doigts sur les fenêtres, des tables rétro genre design scandinave, le petit plaid posé là par hasard et surtout, du papier peint. Si cette tendance revient à la mode alors je dis ok, merci la vie de donner une seconde chance aux tendances pourries mais rappelons-nous quand même des dégâts collatéraux du papier peint sur les enfants élevés dans les années 80. Je dis ça, je dis rien hashtag tapisserie.

 

J’en connais aussi qui atteignent des sommets de créativité.
Sont hors compétition, en vrac et sans transition, celles qui postent leurs mômes à poil dans le bain, leur tatouage placé entre les seins, leur gueule pas réveillée au petit matin, leur chien qui va se faire piquer chez le véto, leur dernière écho, leur culotte vue d’en haut, leur manucure, leur pédicure, leur accident de voiture, leur grand-mère à l’agonie, leurs collègues en train de faire pipi, leur corps déformé par l’anorexie, leur épilation laser, la liposuccion de leur mère, la chimio de leur petite dernière.
#Putaindemisère.