Guilhem, le mec du dilemme

Ma chérie, avant que tes oreilles chastes ne s’égarent ci-dessous où le niveau de la mer atteint celui de la ceinture, j’aimerais que tu lises ceci: Solenne, la fille du dilemme. Reviens me voir après, et tu auras les réponses à toutes tes questions. Oui, c’est un jeu de piste, mais ne me dis pas que tu as autre chose à faire un 12 août à 17:00? Bon, alors. Je t’aime, ma petite biche dorée. Signé Maldelane.

Je ne sais même plus comment il avait atterri dans mes contacts Facebook.
Le genre de mecs qui requeste toutes les nanas à qui il parle dans une soirée. Il était beau gosse mais franchement, niveau conversation, on repassera. Il parlait beaucoup et surtout de lui. Bref, on avait échangé deux-trois banalités, et puis j’étais passée à autre chose.

Ce qui est drôle, c’est ce qui s’est passé 1 an après cette fameuse soirée. Impossible de savoir comment me dépêtrer d’une situation plutôt gênante, quand j’y repense: un vrai dilemme entre mon côté amazone et mon côté Nice Girl. Que faire quand vous rencontrez un mec et que vous ne voulez pas les mêmes choses?

 

You wanna play? Try me

Ça a commencé par un statut Facebook où je racontais ma vie. Je me plaignais des publicités à la télévision. Le type, qui sort du fin fond de l’oubli, like mon statut et m’envoie direct un message privé: « Salut! Il va falloir qu’on aille parler de publicité toi et moi parce que tu as l’air d’être vraiment très remontée… et les jolies filles énervées, ça m’énerve aussi. Les émotions, c’est contagieux, tout ça… jeudi ou vendredi, tu choisis! »

Sûr de lui, donc. Et bah mon coco, on dirait que t’as faim! Pas bégueule, je réponds: « Ah ouais, tu proposes des rendez-vous comme ça à des inconnues? Tu aimes vivre dangereusement, toi! » À question con, réponse débile. Un point partout, la balle au centre. Je me re-concentre sur mon film quand je vois que le type me relance.

Guilhem: « Écoute, je sors ce soir… j’hésite entre les Champs ou monter vers Saint Germain… Par sécurité, je crois que je vais devoir te demander ton numéro de téléphone pour t’envoyer un texto quand je saurai… »

OK, on a un champion du monde. C’est dommage, il est vraiment pas mal sur sa photo de profil, mais punaise, il a pas autre chose à dire que des conneries? Coup de fil à ma pote, je lui raconte, elle me dit « Fonce tu t’en fous, t’es célib en ce moment, couche avec lui et casse-toi. » Okaye.

Je lui réponds donc: « Par sécurité… c’était juste pour info, je ne suis pas du style à arpenter Paris le soir, telles sont les limites de mon côté aventurier 06.00.00.00.00. » Et BAM. Voyons-voir si le garçon en a dans le slip.

Comme par hasard, PAS DE RÉPONSE. Rendez-vous reporté mille fois par sa faute, il a sûrement d’autres chattes à fouetter et sent qu’il peut me faire attendre. Ça tombe plutôt bien, j’ai renoué avec mon ex et mes nuits sont comme qui dirait très occupées.

 

La petite robe noire

Je descends du taxi, on s’est donné rendez-vous dans son quartier et j’ai mis le paquet. J’ai jeté l’ex qui avait eu la mauvaise idée de retomber amoureux de moi et quand Guilhem a appelé, je me suis dit que ça tombait bien, très bien même, ce beau mec qui visiblement a eu la même idée que moi. J’ai mis LA robe noire, les talons, ça va très bien avec mes cheveux blonds et mes yeux bleus. Un peu de rouge, mode en chasse « on », c’est parti.

Sauf que le type m’emmène dans un resto pourri et qu’il me parle de sa vie. Déjà, le resto, je vois pas pourquoi, on sait bien tous les deux à quoi on veut en venir, et il ne parle que de lui, de lui, et de lui. Son job, ses potes, ses vacances, ses rêves, ses envies. Blagues pas drôles, il est chiant. Je ne décroche pas un mot, lui laisse la chance de se rattraper au lit. Et dire qu’il doit avoir lu quelque part qu’il fallait absolument faire rire les filles et les mettre à l’aise pour qu’on passe un bon moment. Mais mon vieux, on peut pas aller droit au but plutôt? Relou, relou, relou.

Je ne dis rien, je le regarde avec de grands yeux incrédules: mais quand est-ce que tu vas t’arrêter?

C’est la partie compliquée du rapport homme-femme: le type en fait trop, ne sait plus où se mettre et croit encore qu’une fille qui lui donne son numéro de portable au bout du deuxième message a  VRAIMENT envie de passer la soirée à discuter au restaurant. Non, j’ai juste envie de coucher avec toi, nuance. En même temps il a 6 ans de plus que moi, il doit croire qu’il va m’impressionner et que je suis gentille, naïve et soumise.

 

Embrasse-moi idiot

Il insiste pour aller flâner du côté du parc Montsouris. C’est à dire qu’avec mes talons si on pouvait passer chez toi et aux choses sérieuses, ça m’arrangerait pas mal. Et dire que le type m’avait tripoté les mains pendant le dîner, c’était bizarre, en fait. Il en fait trop, je suis fatiguée, je songe à appeler l’Amie qui va me tirer de ce mauvais pas.

À un moment donné, il s’est carrément arrêté de marcher et m’a regardé comme une vache regarde un train. Meuh, j’ai failli lui dire, et puis non j’ai continué de marcher, qu’on en finisse, que diable.

Le type bouge pas et me sors une réplique digne des pires comédies romantiques avec Meg Ryan: « Solenne… Viens voir… il faut que je te dise un secret… »

Bon, ok, il veut jouer à ça, allons-y gaiement et collons-nous à son torse viril. Voilà qu’il me murmure à l’oreille: « Je te trouve très désirable, tu vois… j’ai bien mangé au resto, mais j’ai envie de te bouffer…« 
AH BAH VOILA. C’est pas trop tôt. Merci, mon Dieu, on va pouvoir abréger. Cela étant, si tu avais pu éviter les pâtes à l’ail, ça aurait été bien, aussi.

Il commence à m’embrasser. QUATRE HEURES on est restés dans la rue à s’embrasser et se frotter avant que le mec ne me dise de monter chez lui. J’avais envie de commettre un meurtre. Mais je ne suis pas une sauvage. Un coup d’œil à l’heure, merde, déjà 4 heures, je me lève à 6, je me casse. « Non mais tu sais, je préfère pas coucher le premier soir, enfin tu comprends? Bisous. »

Taxi, maison, dodo, la pire soirée epic fail de ma vie. Je reçois un texto: « Merveilleuse soirée en ta compagnie, tes lèvres me manquent déjà« . N’importe quoi.

Je voulais juste coucher mec, COU-CHER.

 

Une petite gâterie?

Bon là il faut que je vous avoue, faible que je suis, le type m’a rappelée et j’y suis allée. Je sentais le potentiel sexuel et comment te dire, j’ai senti autre chose, en réalité. Laisse-moi t’expliquer. Deuxième soir, donc, on se revoit.

Le type m’invite à pique-niquer chez lui. Je sortais du taf, pas le temps de passer me changer, et puis la dernière fois il m’a passablement énervée avec ses léchouilles dans le cou, donc là, mon vieux, la robe noire, tu peux t’asseoir dessus. Un pantalon, ça ira très bien.

J’avais envie de me marrer un peu, alors je fais la fille romantique qui lui demande ce qu’il attend exactement d’une relation. Tu aurais vu sa tête! Et le gars de me répondre, comme si on ne la connaissait pas par cœur, la phrase façon Biba: « Je n’ai pas de cœur en ce moment, je suis célibataire, ça ne m’amuse pas, mais je prends les rencontres comme elles viennent. » Ben voyons. Tu peux pas dire clairement que tu veux juste coucher avec moi? Il a dû vouloir jeter un voile d’incertitude, bingo, il m’a carrément aveuglée par sa bêtise.

Bon là j’en ai ras-le-bol, les autres m’attendent pour aller au Rosa, soit c’est maintenant, soit c’est jamais. D’un coup je lui saute dessus. Le type comprend rien, il se retrouve à poil avec ses baskets aux pieds. Je prends les choses en main, c’est le cas de le dire, puisqu’il a encore l’air de chercher par où commencer, et je m’occupe de lui. Je passe dix bonnes minutes à le branler en me demandant à quel moment je vais faire comprendre à ce type qu’en fait ça ne va pas être possible, d’aller plus loin dans le contact comme qui dirait physique. Parce que bon… il pousse des petits cris et se regarde en train de se faire caresser. Et il sent la transpi. Je fais genre je vais te faire une petite gâterie, mais laisse ma bouche délibérément loin, environ 10 centimètres à jet de sperme, de son engin. Il ne va pas pouvoir tenir longtemps, j’en mets ma main à couper.

Il a mis une heure à capter. Mais ça y est, il m’arrête gentiment mais sûrement, je fais l’étonnée, et me retrouve dans un taxi. Il me dit au revoir sur le pas de la porte, je fais coucou par la fenêtre et je rentre. Libérée, enfin.

Je reçois un texto « nuit merveilleuse, blabla« . Pourvu qu’il ne me donne plus de nouvelles, ce type avait plié ses affaires sur le fauteuil avant de passer à la casserole. Au secours.

 

Game Over

Bon, objectivement c’était un plan cul qui n’en valait pas la peine, il ne me plaît pas. Beau gosse, mais à côté de la plaque, et puis sa manie de m’envoyer des textos débiles. On va passer à l’étape suivante, j’envoie un message lourd de double sens, avec ça, sûre qu’il me lâchera:

« Hello:) comme je suis en train de me torturer l’esprit et que j’ai vaguement pensé à m’en prendre à mes ongles, je me dis qu’il vaut mieux que je t’écrive:)… Comme tu l’as dit hier il y a un manque de communication et peut-être donc une erreur de jugement.

Je ne peux pas rencontrer quelqu’un et un jour plus tard coucher avec lui, c’est pas possible, je ne sais pas si ça se fait beaucoup, si c’est parisien ou je ne sais quoi, mais j’ai besoin de connaître un minimum les gens et d’être un peu plus intime.

Pour moi ce n’est pas une chose qu’on distribue comme ça. Ça n’a rien à voir avec le fait que tu ne me plaises pas parce que c’est le cas, je trouve qu’on a une bonne accroche et tu me fais ressentir un tas de choses positives. Je pense qu’une relation, quand elle a l’air de valoir le coup, mérite de l’attention et du coup un minimum d’attente (même si ce n’est pas 17 rdv comme dans How I met your mother;)). J’aimerais bien avoir ton avis là-dessus. »

Si après ça il ne m’oublie pas, je sors le grand jeu.
Il a l’air sympa, mais franchement, il ne me plaît pas plus que cela.

J’ai vieilli, les types qui ne savent pas ce qu’ils veulent et qui pensent appliquer les méthodes de drague à l’ancienne pour mettre une fille dans leur lit, non merci.

C’est à ce moment que je reçois un message: « Chère jeune fille, ce sont des questions touchantes. Je ne vais pas te mentir: c’est l’été, j’ai envie de jouer, je ne cherche rien de sérieux. Je comprends ton point de vue et te souhaite de tomber sur un mec bien. C’est dommage, tu embrassais bien… »

OK donc j’ai perdu l’œil du tigre. Il n’a rien compris, il a vraiment cru que j’avais envie d’une relation. Que je ne couchais pas le premier soir. Que j’allais tomber amoureuse de lui. Pauvre chou.

S’il y a une règle explicite entre les filles, c’est de faire comprendre aux hommes que nous aussi, parfois, on veut juste coucher. Pas besoin de nous inviter au resto.
Par contre, les garçons, oubliez pas de vous mettre un coup de déo.

Et vous qu’auriez-vous fait à ma place? Vous auriez menti? (Je le rappelle, il était VRAIMENT con MAIS sexy).

NB: Merci à Eros, donc,  pour cette belle perche tendue, si je puis m’exprimer ainsi.